Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: Arnaud Bordas, Aurélien Recoing, bad-ass, Benjamin Rocher, cité, Claude Perron, Die Hard, Eriq Ebouaney, film de genre français, hardcore, Jean-Pierre Martins, Joe Prestia, Mad Movies, Michel Audiard, Opération Frisson, Romero, Stéphane Moïssakis, tour, Yannick Dahan, Yves Pignot, zombies, [REC]

En France, la signification du vocable “films de genre” est réduite à films d’horreur ou fantastique. Or, chaque film appartient à un genre particulier. Seulement voilà, les œuvres qui obtiennent de précieuses subventions publiques et autres avances sur recettes concernent principalement les comédies grassouillettes télévisuelles – des stars de la télé cachetonnant dans des films aux gags éculés et au ras des pâquerettes pour rester poli, avec pour exception notable Jean Dujardin dans la série des O.S.S 117– ou les drames existentiallo-psycho-traumatico-rigides-et-questionnant-des-problématiques-fondamentales-et-sociétales-tu-vois, soit des films bobo-chic, bobo-genre dont le manque d’inventivité de la réalisation le dispute à l’absence de profondeur (et inversement). Alors forcément, lorsque certains explorent des contrées obscures du paysage cinématographique français, figurées par des bandes transgressives, violentes et déstabilisantes, ça fait tâche. Pourtant, afin de pérenniser la production de tels films en France, il faudra obligatoirement en passer par leur multiplication afin de former une alternative salvatrice au formatage narratif et esthétique. Certes, tout n’est pas bon et pour un Haute-Tension (Alexandre Aja) et un A l’Intérieur (Julien Maury et Alexandre Bustillo), on doit s’enquiller des purges telles que Blood, The Last Vampire, Vertige, Humains et Mutants, rien que pour l’année 2009. De même, il faut regretter la propension de ces jeunes réalisateurs, élevés à Mad Movies et aux classiques américains de la terreur, à mettre en scène ce qui les fait vibrer sans que cela serve vraiment un propos ou un récit à l’ampleur déjà minimaliste. Ainsi Xavier Gens (Hitman, Frontière(s)) et plus encore le Christophe Gans de Crying Freeman et du Pacte des loups, grands cinéphages devant l’éternel livrant de beaux objets sans âmes, synthétisent parfaitement cette incapacité à digérer et s’approprier des références prégnantes pour enfin dépasser le statut de solides illustrateurs. Et puis il y a les torturés (mais belge) Fabrice Du Welz (Calvaire, Vynian) et Pascal Laugier (Saint-Ange, Martyrs) versant dans la torture justement et dont les œuvres sont des promesses de souffrance pour leurs personnages et leurs spectateurs.
La Horde de Dahan et Rocher se situe précisément au carrefour de ces courants et bien qu’assez mal dégrossi par endroits propose une option jouissive, bad-ass et hardcore comme se plaît à le répéter régulièrement le chauve toulousain dans le vidéo-club servant de décor à son Opération Frisson. Beaucoup plus détendu et drôle que les torture-porn à la française, maximisant les contraintes budgétaires pour éviter un traitement nanardesque (Vertige, Humains), bénéficiant d’une caractérisation efficace rejetant tout état d’âme à la profondeur factice (Mutants) et évitant de rendre pesantes les références inévitables, La Horde s’affirme comme un épatant film de zombies français, voire même film de zombies à la française, gage de promesses pour l’avenir.

Voulant venger la mort de leur collègue et ami Rivoallan, un quatuor de flics monte une expédition punitive à l’encontre des responsables, un gang dont le Q.G est situé dans une tour de la banlieue parisienne. Le carnage espéré tourne rapidement au fiasco lorsque les représentants de l’ordre sont neutralisés par la bande. Mal partis, tout tourne définitivement au cauchemar lorsque les morts se relèvent, menaçant indifféremment voyous et policiers. Prenant conscience de l’étendue de la propagation à l’extérieur et de la menace représentée par la horde de zombies prête investir l’immeuble, les survivants n’ont d’autres choix que de laisser leurs inimitiés de côté et s’allier pour trouver un moyen de s’échapper de cet enfer.
A l’image de ce pitch, le film ne tergiverse pas et après une introduction rapide des protagonistes au cours de l’enterrement d’un des leurs, enchaîne directement par un plan de la tour bientôt infernale. Par souci d’efficacité immédiate et afin de happer instantanément son audience dans l’histoire, le duo de réalisateurs sacrifiera sur la table de montage des scènes rallongeant la partie introductive. Le basculement d’un genre (le polar à la The Shield) à un autre (l’horreur zombifiée), à la manière d’Une Nuit en enfer de Robert Rodriguez, intervient ainsi plus rapidement qu’escompté au départ. L’histoire, plutôt mince, fait pourtant craindre le scénario prétexte à tous les débordements et délires déconnectés de toute justification narrative simplement parce que « c’est trop cool et que ça nous fait kiffer » (une vision à la Zack Snyder, en fait). Une crainte renforcée au détour de deux séquences d’action qui n’apportent rien en terme de « construction psychologique » des personnages (entre guillemets car on est pas là non plus pour une psychanalyse approfondie !) puisque la manière de combattre définie généralement la personne. On peut avancer le fait que cela permet de déterminer leur niveau de motivation pour survivre mais voir Joe Prestia et Claude Perron kickfighter du zombie relève plus du plaisir coupable que d’une réelle nécessité. De même, on peut regretter la valse hésitation dans la détermination du véritable « héros ». Ainsi le flic Ouessem (Jean-Pierre Martins), dont les doutes moraux servent d’ancrage humaniste au milieu du déferlement sanglant ambiant, évolue vers un pragmatisme de circonstance (pour vivre, il faut s’unir à son pire ennemi) et révèle une intéressante nature tendancieuse (malgré sa réticence à se faire justice, il a accompagné ses collègues) mais il se voit supplanté petit à petit par Adewale (Eriq Ebouaney) incroyable de présence physique, notamment lors de sa première apparition dans l’embrasure d’une porte défoncée au shotgun. Si le film n’est pas exempt de défauts techniques (montage, incrustation foireuse), il compense largement par une énergie et une générosité de tous les instants et une excellente dynamique entre les scènes comiques et d’action, créant un décalage inattendu qui finalement constitue le cœur du film. Et c’est le personnage de René interprété par Yves Pignot, un habitué des planches et des rôles plus classiques, ici dans un contre-emploi absolu et génial, qui permet de mettre à l’épreuve autant que lier les antagonismes générationnels. Découvert armé d’une hache en train de découper façon puzzle de chair à zomblard, ce locataire illuminé de plus de cinquante balais au racisme patent (il appelle les zombies les « jaunes », les morts-vivants représentants sûrement à ses yeux les fantômes des cadavres laissés en Indochine) s’avère un élément décisif de par sa connaissance des lieux et de son stock d’armes. Un armement gardé en réserve au cas où une grande occasion se présenterait, comme la liqueur de poire partagée et qui consacrera l’étrange union d’une vieille France un peu rance avec des « cailleras », celle d’un cinéma franchouillard avec des figures contemporaines de film d’action.

Le scenario écrit à huit mains par le quatuor Dahan, Rocher, Bordas et Moïssakis s’affranchit ainsi de tout discours politico-sociologique démonstratif et édifiant (le contraire des derniers Roméro en somme) laissant la liberté de relever (ou pas) un questionnement éthique et philosophique induit par les situations et les confrontations (la persécution d’une zombie, tuer ou non un ami bientôt infecté, la territorialité ou rien que le fait de voir les morts revenir bouffer les vivants !). Enfin, il faut souligner et louer le rythme du métrage octroyant un plaisir instantané et permettant d’oblitérer avec aisance des références bien présentes (Die Hard, Assaut, L’Armée des morts, REC…) mais que l’on ne déterminera qu’a posteriori.
Ce n’est pas non plus le film de l’année ou celui qui redéfinira le genre, leurs auteurs n’ayant aucune de ces prétentions, mais un film d’action horrifique de qualité, idéal pour une soirée ciné entre potes, ce qui n’est déjà pas si mal.
Nicolas Zugasti
> Sortie en salles le 10 février 2010
La Horde, bande-annonce
Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Mots-clefs: African National Congress, Afrique du Sud, ANC, Apartheid, biopic, bons sentiments, cinéma hollywoodien, Clint Eastwood, Coupe du monde de Rugby 1995, drame historique, finale, Francois Pienaar, Frederik De Klerk, invaincu, Johannesburg, Madiba, Malpaso Productions, Matt Damon, militantisme noir, Morgan Freeman, Nelson Mandela, nomination aux Oscar, parti communiste sud-africain, Président, réconciliation nationale, Robben Island, Springboks, Spyglass Entertainment, Warner Bros. Pictures

L’époque du « Dirty Harry » étant déjà bien loin, chaque nouveau film du maître Eastwood est toujours très attendu. L’adjectif « attendu » étant à prendre dans les deux sens du terme en ce qui concerne Invictus.
Cela dit, je dois bien avouer que j’ai eu les larmes aux yeux dès les premières minutes du film. 1994 : fin de l’Apartheid, sortie de prison, puis élection du grand Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud. Il y a des purs moments d’émotions dansInvictus. À peu près tous les quarts d’heure en fait. Un discours plein d’espoir par-ci, une partie de rugby avec des enfants du ghetto par-là, une servante noire que l’on accueille enfin comme un membre de la famille, un poème qui fait référence, une finale de la coupe du monde… On se laisse facilement prendre au jeu et on emboîte le pas à cette nation déchirée qui va se retrouver autour des sacro-saintes valeurs du sport. Nelson Mandela réussit très vite (trop vite ?) à convertir ses compatriotes noirs au rugby, la pratique des blancs par excellence.
Toutefois, il faut dire que Clint maîtrise bien son art et qu’il y a beaucoup de choses très réussies dans ce film. Tout d’abord, les images sont superbes. Un étalonnage bien choisi restitue parfaitement la lumière jaune paille du pays et une jolie patine évoque la poussière sèche qui semble voler un peu partout en Afrique.

Enfin, le casting ne pouvait pas être mieux pensé. Morgan Freeman/Nelson Mandela est toujours d’un charisme époustouflant. L’acteur qui a longtemps peaufiné son personnage est, encore une fois, très touchant dans son éternel rôle de papa bienveillant. Cela dit, il l’était déjà il y a 15 ans de ça, dans le fantastique Seven. Passons. En tout cas, Morgan Freeman (notez que Freeman signifie tout de même l’homme libre) semble parfaitement à l’aise dans la peau d’un géant tel que Mandela. Il déclame un discours historique avec le même flegme qu’il verse du sucre dans son thé. Aucune fausse note de ce côté.
Quant à Matt Damon/François Pienaar, il est toujours aussi convaincant en bon élève, un rôle qui lui colle à la peau depuis toujours. On sent bien qu’il a fait des efforts tout de même pour devenir le capitaine de l’équipe de rugby : il a certainement soulevé beaucoup de fonte, mangé des protéines. Il a dû aussi regarder Raging Bull en boucle pour se convaincre que tout cela en valait la peine. Mais au final, on y croit, c’est l’essentiel.
Et surtout, on retrouve cette touche d’humanisme discrète qui fait le sel des films d’Eastwood. Tous ces petits détails, ces gestes anecdotiques, ces paroles triviales échappées brièvement… Cette volonté du cinéaste de rendre crédibles et attachants ses personnages en soulignant leurs faiblesses, leurs failles ou simplement leur fragilité. Monsieur le Président marche le matin en survêtement avachi, Monsieur le Président se fait appeler Dada par son assistante, Monsieur le Président est amateur de jolies femmes, Monsieur le Président va aux toilettes (non, ça c’est moi qui ai cru le voir).
Invictus a donc tout d’un film à Oscars. La statuette jaune, le péché d’orgueil, la maladie honteuse, celle-là même qui fait rêver les réalisateurs indépendants à leur corps défendant. La dernière tentation du Clint aura eu raison de lui. Oubliée la fonction du cinéaste qui n’est pas là pour nous divertir ou pour se montrer. Le 7e art, comme les 6 autres, a pour fonction d’interroger, de déranger et de montrer crûment la réalité de la condition humaine.

C’est ce qu’a décidé d’ignorer le cinéaste avec Invictus. Où sont donc passées son acidité et sa lucidité ? Lui qui prenait un malin plaisir à égratigner le mythe américain ? Certes l’humaniste convaincu a toujours été tenté par les bons sentiments, on ne se refait pas. Il a souvent œuvré sur le fil du rasoir finalement. Mais il s’en sortait avec plus ou moins de grâce et de finesse. De la finesse, il n’y en a pas dans son dernier film. Les noirs et les blancs envahissent l’écran. Personne n’est véritablement gris et c’est bien dommage. Peut-être que le sujet était trop osé finalement. Comment tenir un propos neuf sur l’horreur de l’Apartheid ? On sait bien qu’il ne faut pas faire abstraction du passé, on sait aussi qu’il faut s’en affranchir pour avancer. Mais que dire de plus ?
Ou peut-être bien qu’il était trop ambitieux de s’attaquer à une personnalité aussi démesurée que celle de Mandela, celui qui a passé 27 ans en prison, celui qui a tenté de réconcilier Caïn et Abel.
En tout cas, le résultat est décevant. On ne saisit pas le propos de ce film. C’est confus, diffus, on ne s’arrête sur rien, il n’y a pas de véritable parti pris et, au final, on décroche. Il est question, tour à tour, de pardon, d’inspiration, de stratégie politique, de victoire (« invictus » = l’invaincu), de liberté de l’âme… Alors on se demande si l’on est face à une fable judéo-chrétienne, bouddhiste ou si Clint nous propose une nouvelle philosophie un peu fourre-tout. Quelles sont les références obscures qu’il nous invite à réexaminer ?
Invictus est donc un film à voir absolument, si vous préparez une thèse sur les ressorts du cinéma hollywoodien. Prévoyez tout de même une bonne série B à la sortie, histoire de vous égratigner un peu l’œil et de vous nettoyer de cet excès de bons sentiments.
Carine Ouahrirou
> Film sorti en salles le 13 Janvier 2010
> Lire aussi nos dossiers sur Clint Eastwood dans VERSUS n° 7 (épuisé) et VERSUS n° 11, ainsi que notre critique de L’Échange dans VERSUS n° 14.
Invictus, bande-annonce/trailer en VO
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: ange, animation 3D, anime japonais, émerveillement, Bouca-Bouh, déguisement, Devil May Cry, dragons, Gebeka Films, gobelin, les Sept Sages, Madhouse, magie, manga, Metropolis, Monster, ninja Scroll, nippon, nuages, Paprika, Perfect Blue, pingouin, récit merveilleux, rêves, syncrétisme, vol

Longtemps absent du grand écran (son dernier film, le très bon Metropolis, est sorti en France en 2002, ce qui commence à dater), Rintaro revient avec une coproduction franco-japonaise supervisée par le studio nippon Madhouse. Un gage de qualité dans le domaine de l’animation comme en témoignent les longs-métrages Ninja Scroll, Perfect Blue, Paprika ou les séries Devil May Cry et Monster.
Métrage destiné avant tout aux enfants, Yona, la légende de l’oiseau-sans-aile voit le réalisateur se frotter pour la première fois à l’animation en infographie 3D, convaincu qu’il s’agit du futur de l’animation après avoir travaillé jusqu’alors sur celluloïd 2D. Une innovation technologique qui aboutit à un résultat plaisant – sans être révolutionnaire ou prodigieux – et dont l’aspect technique ne prend jamais le pas sur l’’intrigue. L’histoire manque cependant d’intensité et n’arrive pas toujours à susciter cet émerveillement chez le spectateur, alors que le « merveilleux » parcourt pourtant tout le récit.

Le film narre les aventures d’une petite fille – Yona donc – se prenant pour un pingouin, et persuadée qu’elle est capable, comme eux, de s’envoler dans les airs. Une illusion prenant racine dans un passé encore frais dans sa mémoire, ces moments passés avec son père aujourd’hui décédé, qui lui avait garanti que les pingouins savaient voler, lui-même ayant déjà parcouru les airs à leurs côtés. Une petite fille bercée par ses rêves et semblant ne pas avoir de vie en dehors de ce monde magique qui balise son quotidien. Un univers merveilleux qui prendra d’ailleurs vie sous ses yeux quand un petit Gobelin l’invite à découvrir son monde que cherche à dominer le mystérieux Bouca-Bouh, l’Empereur des ténèbres. Les Gobelins voient en Yona cette figure légendaire de l’oiseau-sans-aile, censé les sauver de cette menace. La petite fille finira par atteindre son objectif, tutoyer les nuages, tout en réalisant la prophétie des Gobelins.

Un joli récit initiatique, centré sur des motifs tels que la confiance en soi et dans les autres : Yona croit dur comme fer aux paroles de son père, et sa mère la laisse déambuler dans la ville seule en pleine nuit, sans apparemment craindre pour sa sécurité. Impossible de ne pas être ému et amusé lors de cette scène dans laquelle la fillette tente et parvient à s’envoler pour récupérer cette aile d’ange en or si précieuse. Ne jamais cesser de s’émerveiller… Vivre ses rêves pleinement et jusqu’au bout (pas un hasard si l’intrigue du film se passe la nuit) et garder le plus longtemps possible ce regard enfantin et naïf sur les choses de la vie. Tout le contraire de Coraline, qui véhiculait a contrario l’idée d’une nécessité de rompre avec l’émerveillement de l’enfance tronquant la réalité. Ce sont d’ailleurs la foi et l’assurance profondes de Yona qui permettront de rétablir l’harmonie dans ce monde fantastique : l’ange Zammie récupérera son aile manquante ; l’une des sept divinités retrouvera sa place auprès de ses pairs en recouvrant sa tête, tandis que le village gobelin retrouvera la quiétude après la déroute de Bouca-Bouh.

Ce monde peuplé de Gobelins, d’anges, de dragons et de divinités (les Sept sages dont l’un veille avec attention sur la jeune héroïne) est à l’image de la production du métrage : un syncrétisme occidentalo-oriental s’inspirant autant de la culture nippone que du christianisme. Mais pas de théologie pompeuse ou de prosélytisme insoutenable. Simplement une invitation à s’envoler dans les cieux de l’imaginaire et à flotter dans nos rêves les plus insensés…
Fabien Le Duigou
> Sortie en salles le 3 février 2010
Yona, la légende de l’oiseau-sans-aile – Bande-annonce en VF
Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Mots-clefs: aéroport, Anna Kendrick, bagages, chambres d'hôtel, chômage, comédie romantique, compagnies aériennes, Crise, emploi, engagement, famille, George Clooney, Ivan Reitman, Jason Bateman, Jason Reitman, Juno, licenciement, mariage, miles, Paramount Pictures France, Ryan Bingham, Up In The Air, Vidéoconférence, voyage d'affaires

Considérant tout le bien (infondé) que le public disait de son précédent film Juno (sympathique mais surfait, voire même un peu tête à claques par moments), Jason Reitman partait grand favori pour les Golden Globes. Il en est revenu avec la récompense du « meilleur scénario », ce qui confirme le consensus que suscite le réalisateur, consensus qui n’a pas fini de nous étonner étant donné le niveau moyen de ses productions, que In the Air ne relève pas même s’il divertit sans problème.
Une question majeure se pose à la vision du film de Reitman, de qualité on le répète estimable sur le plan de la pure comédie : comment a-t-on pu récompenser un script aussi godiche dans ses enjeux, doublé d’une superficialité se faisant passer une fois de plus pour de l’audace (comme Juno, dont la scénariste largement surestimée Diablo Cody a déjà montré ses limites avec le très médiocre Jennifer’s Body) ? La réponse se trouve dans le consensus évoqué ci-avant, cette capacité enthousiasmante du cinéaste à rassembler autour de ses thèmes et personnages un public très disparate et aux différentes générations volontiers en conflit. Reitman séduit par des histoires fédératrices et réconcilie, en surface, propos social et divertissement en famille (ou entre amis). En surface seulement pour la chronique sociale, car ici aussi, l’homme pèche par excès de bons sentiments et, emporté par l’envie de raconter d’abord une histoire d’amour, se débarrasse sans vergogne du sujet qu’il aborde d’emblée de façon frontale et subversive.
Il y a deux films dans In the Air, dont le plus célébré n’est pas celui qu’on croit, et assurément pas le plus fouillé thématiquement. L’obsession de Ryan Bingham (George Clooney) pour le cumul des miles dans le cadre de ses voyages d’affaires, sa propension à ne jamais rester sur place, sa position omnisciente et distanciée vis-à-vis des employés à qui il est chargé d’annoncer leur licenciement, se satisfait avec brio du parti pris initial de Reitman : la domination aérienne d’une Amérique en proie au délitement, cette vision globale d’une crise que les élites ne font jamais que regarder d’en haut. Autant de plans intelligents pour offrir au spectateur une inédite radioscopie de la société étatsunienne, loin des standards habituels de sa représentation cinématographique (on survole des villes qui constituent le cœur culturel, le tissu économique et social, même sinistré, du pays et non son illustration exotique à l’instar de ses métropoles canoniques du grand écran). Dans ses nombreuses escales professionnelles, étapes-clefs d’une odyssée sociologique, Bingham s’impose comme l’interlocuteur impersonnel par excellence ; comme les sociétés qui le paient pour effectuer le « sale boulot », il ne s’engage, ne s’attache auprès de personne, ni de rien (dommage que son discours avec exemple/symbole de « la valise » soit autant de fois répété et décortiqué ; l’image était suffisamment claire en soi pour que le cinéaste n’ait pas à la décliner à chaque étape de bouleversement idéologique du personnage). En faisant face au malaise réel de la working class et des PME américaines, Reitman manipule dans la premier tiers de son film un concept ingénieux et captivant de comédie à conscience sociale. L’intrusion d’une nouvelle donne dans la méthodologie de licenciement (entretien par vidéo conférence et non plus en face en face) ajoute à l’intrigue une authentique strate critique et attaque en règle, même si avec légèreté, la politique menée par les grandes et moins grandes corporations U.S. Cette vision d’anticipation (le fait n’existe pas encore aux Etats-Unis et, vu notre législation, ne risque pas de débarquer en France – encore que, avec Sarkozy, « tout est possible » dit le slogan) égratigne le schéma de la success-story à l’américaine, perverti par le comportement prédateur des yuppies et des tenants du néo-libéralisme.

Fort de ces deux enjeux réellement passionnants vis-à-vis de l’implication grandissante du protagoniste dans le processus d’empathie pour les employés licenciés, Reitman se dit néanmoins que cela suffit comme ça et, n’oubliant pas que la crise n’amuse personne (un peu comme la guerre en Irak : « c’est pas amusant, faut pas projeter ça au cinéma ! »), intègre à son récit non pas une mais deux catastrophiques histoires d’amour, qui finissent par noyer le poisson de l’observation politique pamphlétaire et concernée : d’abord réduits à l’état d’une représentation cartonnée qu’il emporte partout avec lui comme pour mieux faire visiter le pays à ses référents photographiés, la sœur de Bingham et son futur mari débarquent dans l’histoire pour un discours lénifiant sur l’amour, la famille et le doute humain mais vite résolu de l’engagement à vie avec l’être aimé. Les scènes du mariage, point culminant de ce calvaire de nunucherie phénoménale, achèvent de diluer le peu de propos sur la vraie vie étatsunienne d’aujourd’hui échangés au cours du repas entre Bingham et son futur beau-frère (Danny McBride – sympathique mais vraiment en sous-régime – parlant d’immobilier). L’idée de ne connaître ces personnages qu’à travers leur effigie en carton n’était pas seulement iconoclaste (même si elle mettait les deux acteurs au chômage…), elle était aussi très drôle, spontanée et vectrice d’une caractérisation originale, culottée par rapport aux attentes et habitudes du public dans le genre. Peine perdue pour l’audace narrative : la vraie rencontre avec les tourtereaux alourdit le récit d’une charge émotionnelle démagogique. Reitman enfonce le clou en même temps qu’une porte ouverte en mettant à son tour Bingham dans une situation amoureuse, donc dans une possibilité de s’engager, jusqu’à la déconvenue, l’illusion de la relation qu’il a entamée « en transit » avec une femmes d’affaires aussi instable que lui (du moins en apparence).

C’est le versant le plus poussif du cinéaste, une propension à la comédie toujours rattrapée par la bonne morale US qui prévaut dans son giron de production hollywoodienne verrouillée par les exécutifs un peu pro-Républicains sans aucun doute. Cette même morale qu’il fait réciter à de vrais sans emplois qui déclarent, en guise de conclusion et de générique (bel hommage, certes, mais si c’est pour se montrer aussi docile à l’égard des conventions…), que l’amour de leur proches et de leur famille, plus important que tout, les a élevés, sauvés de la crise existentielle du chômage et du sentiment soudain d’inutilité sociale. Une façon écœurante d’étouffer dans l’œuf toute expression d’un contre-pouvoir offensif, toute contestation d’une politique économique désastreuse, soumise à l’avidité la plus destructrice. À croire que les années Bush n’ont finalement pas tant fait de dégâts collatéraux…
Reste que le réalisateur ne s’intéresse pas aux phénomènes de société mais plutôt aux communautés et aux rapports inter-générationnels. En cela, oui, son talent éclate (c’était déjà la seule et unique force de Juno). Excellent directeur d’acteurs, Reitman orchestre avec maestria les conflits d’idées entre Bingham et la nouvelle recrue Natalie Keener (Anna Kendrick). Des atouts de mise en scène qui ne suffisent pourtant pas à relever le niveau trop peu engagé d’un film survolant son sujet véritable : l’Amérique en crise – d’identité, de productivité.
Stéphane Ledien
> Film sorti en salles le 27 janvier 2010
> À propos de George Clooney réalisateur, lire nos articles sur Confessions d’un homme dangereux dans VERSUS n° 5 (épuisé) et sur Good night, and good luck dans VERSUS n° 9, toujours disponible à la vente sur le site.
In the Air, bande-annonce en VOST
Classé dans : L'ALTERNATIVE | Mots-clefs: Allan Dwan, anticipation, éditions collector, Bac Vidéo, Bill Plympton, Carlotta Films, chroniques, Deux rouquines dans la bagarre, director's cut, Douglas Sirk, Dreamworks, DVD, ED Distribution, Film Noir, Fritz Lang, horreur, John Payne, Marina de Van, Max von Sydow, mélodrame, Metropolitan FilmExport, Monstres contre Aliens, Neveldine, New York ne répond plus, Polar, Robert Clouse, Robert Wise, Ronald Reagan, Sam Raimi, Seven Sept, Slighty Scarlet, sorties DVD, supplément, Taylor, TF1 vidéo, The Ultimate Warrior, Ultimate Game, western, Wild Side Vidéo, Yul Brynner

Le n° 3 de DVD Park II est en ligne.
Un 12 pages numérique qui vous propose de (re)découvrir plus de 30 films sortis en DVD ces dernières semaines.
Au programme : les indispensables coffrets Fritz Lang, Allan Dwan, Douglas Sirk, mais aussi Jusqu’en enfer, Ultimate Game, Le Coup de l’escalier, Ne te retourne pas, Adventureland, The Ultimate Warrior (New York ne répond plus) et les éditions les plus marquantes de la fin de l’automne et de cet hiver.
En couverture : Deux Rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet), joyau du coffret Allan Dwan.
Téléchargez ce supplément à l’adresse suivante :
www.versusmag.fr/dvdpark2
Deux Rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet) Bande annonce / Trailer en VO
The Ultimate Warrior, extrait
Jusqu’en enfer, Bande annonce en VO
Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Mots-clefs: apocalypse, Bible, Denzel Washington, Eli, film d'anticipation, fin du monde, From Hell, Gary Oldman, Hughes, La Route, Menace II Society, western

Quelques mois seulement après l’adaptation du roman épuré de Cormack McCarthy par John Hillcoat, La Route, les frères Hughes nous proposent leur propre vision du futur apocalyptique de l’Amérique ; un monde assez proche, esthétiquement, de celui où évoluaient « l’homme » et « l’enfant » dénués de noms de La Route : des terres ravagées où, parmi les rares survivants, pullulent les brigands et les cannibales, s’assurant dans la violence un présent éphémère. Et surtout ces routes laissées à l’abandon que les protagonistes doivent suivre jusqu’à un improbable objectif. Parce que, ruinées ou pas, les routes restent le seul vestige matériel du passé, de ce monde qui fut. Routes sur lesquelles les personnages véhiculent un espoir, métaphorique dans le cas du père et du fils (ce fameux « feu » qu’ils portent en eux), concret pour le héros solitaire des frères Hughes : un livre mystérieux.
Affublé du prénom prophétique d’Eli, le marcheur en question, qui a les traits burinés et vieillis de Denzel Washington, ne cherche pas à rejoindre le Sud et son soleil salvateur mais l’Ouest et ses symboles mythologiques. Car Le Livre d’Eli (titre à multiples entrées, selon que l’on adopte un point de vue profane ou sacré) est bourré de symboles et de tropes – que les spectateurs frileux pourront trouver excessivement ostensibles. Au-delà du paradigme purement biblique, autour duquel se construit la trame du récit, tout entière incarnée dans le Livre que porte le protagoniste, les frères Hughes se livrent à une relecture plutôt jouissive des grands mythes américains de la Frontière. En premier lieu celui de la conquête de l’Ouest, dont ils récupèrent, avec une sorte de plaisir enfantin, les codes westerniens : au tiers de l’histoire, Eli met les pieds dans une bourgade mal fréquentée qui ressemble à s’y méprendre à celles des films de Ford ou de Walsh, gérée d’une main de maître par un vieil homme acariâtre (Carnegie, incarné par Gary Oldman) ; lorsqu’il pénètre dans le bar de la cité, les conversations s’arrêtent et les têtes se tournent ; lorsqu’il prend un verre au comptoir – d’eau, cette denrée devenue si rare – les méchants viennent l’enquiquiner ; lorsqu’il tente de quitter ce lieu décadent, Eli est pris dans une impressionnante fusillade de rue.

En outre, au cœur de cet univers défraîchi et désespéré, c’est bien de (re)construire l’humanité qu’il s’agit. Une fois n’est pas coutume, le catastrophisme cinématographique adopte la thèse de la régression sociale : après l’apocalypse, ici à comprendre dans son sens le plus littéral de « révélation » (c’est une lumière vive qui a inondé le monde), l’Homme a descendu plusieurs barreaux de l’échelle du progrès pour en revenir au temps de la domestication de la nature. S’il possède toujours voitures, maisons et armes à feu, son environnement s’est pourtant radicalisé, l’obligeant à réactiver ses instincts profonds. Le chemin résolu vers l’Ouest d’Eli signale ce besoin qu’à l’humanité de perpétuellement rejouer les mêmes enjeux historiques, spécifiquement, ici, ceux de l’évolution sociétale : s’il existe encore un passage allant de l’Est à l’Ouest, si l’on peut reproduire le trajet des anciens cowboys (truands et cannibales jouant ici le rôle des autochtones défendant leur territoire), c’est que l’Homme peut tout aussi bien rejoindre l’ère du progrès. Reste à savoir si, face aux dérives de la technologie, il restera toujours aveugle comme ces damnés (les survivants portent des lunettes de soleil pour se protéger de la vive lumière) ou s’il « verra » comme « voit » Eli.

L’échelle herméneutique se déploie donc ici de tout son long, mais reste une interrogation : faut-il en tirer un sens profond – œcuménique, théologique, mythologique – en regard de l’Amérique actuelle, auquel cas l’on pourra se demander si le prosélytisme du film ne joue pas en sa défaveur, ou les réalisateurs ne cherchent-ils qu’à flatter l’égo de l’analyste forcené, désireux d’extraire de toute image, de tout dialogue un symbole artificiel ? Le débat est ouvert, via un double questionnement parfaitement illustré par l’un des plans terminaux du film, qui voit le livre mystérieux rejoindre une étagère déjà comble : tout comme ce dernier, on considérera, à l’envi, que Le Livre d’Eli trouve sa place précisément où il manquait, ou qu’au contraire il ne fait qu’alourdir une bibliothèque déjà trop pleine de ses semblables.
Eric Nuevo
> Film sorti en salles le 20 janvier 2010
> Lire aussi notre chronique de La Route sur ce blog, et notre dossier « films de survivants » dans VERSUS n° 12, en vente sur le site.
Le Livre d’Eli – Bande-annonce VOSTFR
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: Cold Case, Cyril Descours, divorce, Emmanuelle Devos, enquête, Frédéric Mermoud, Gilbert Melki, lycée, Lyon, Nina Meurisse, nudité, Polar, premier film, prostitution, société, suspense, thriller

Complices est un premier film généreux, un polar rude dont les premiers plans donnent le ton d’une histoire très noire, qui nous plonge dans un univers réaliste, à la fois poétique et glauque. À Lyon, on repêche dans le Rhône le corps d’un jeune homme qui gagnait sa vie en se prostituant, et qui venait de tomber sous le charme de Rebecca, une lycéenne qui depuis quelques jours ne donne plus de nouvelles. Chargés de l’enquête, deux flics (Gilbert Melki et Emmanuelle Devos) remontent les derniers jours de ces jeunes amants plongés au coeur de la prostitution adolescente, et animés de l’insouciance caractéristique de leur âge. Complices est un polar, un film noir dont l’image initiale (ce corps abîmé trouvé dans le fleuve) interpelle d’entrée le spectateur, lui faisant comprendre la tonalité du métrage, et le sordide de ce qui va suivre. Comment et pourquoi ce garçon en est-il arrivé là ? Sur le mode certes éculé mais toujours efficace du whodunit, le cinéaste franco-suisse Frédéric Mermoud démarre alors une intrigue solide, divisée en deux parties qui se répondent (à la façon du feuilleton américain Cold Case) : la liaison entre les deux jeunes amants (de leur rencontre à la tragédie finale), et l’enquête des deux inspecteurs avec ce que leur triste vie privée comporte (morne vie sentimentale dopée à Meetic, la dépression qui guette…).

Les complices du titre, ce ne sont pas uniquement ces deux adolescents qui partagent tout durant le peu de temps que durera leur idylle entre leur coup de foudre dans un cyber-café et la mort du garçon. Unis dans l’amour et la passion, ils partageront joies et galères, jusqu’à mettre irrémédiablement leur vie en danger en décidant de faire chanter un de leurs clients. La complicité, elle se retrouve également chez les deux inspecteurs, qui plus que de simples collègues, sont des confidents l’un pour l’autre, et qui finalement, au cours d’un étonnant rebondissement, enfreignent à leur tour la loi. La relation entre ces deux personnages intrigue, nous laissant dans un premier temps craindre le pire (une liaison qui ne restera qu’heureusement platonique et amicale), avant de s’effacer petit à petit derrière le destin tragique des ados.
Il faut reconnaître que Frédéric Mermoud sait comme peu de cinéastes français filmer les corps adolescents, et plus généralement ces jeunes adultes qui errent dans la vie à la recherche d’un but, d’un être à aimer… Les jeunes comédiens Nina Meurisse et Cyril Descours sont pour beaucoup dans la réussite d’un film où chaque personnage semble se chercher, mal en point au sein de son couple, tenté par l’adultère et les expériences déviantes (les plans à trois avec un couple d’ados pour ce chirurgien-dentiste réputé par exemple). Le vide semble être le meilleur compagnon de l’espèce humaine, et l’errance son remède. La société que filme Mermoud va mal, et l’on peut regretter l’absence de personnages sains. Tous les ados semblent avoir des parents séparés, et ces derniers ont tendance à s’éloigner d’eux (ici une mère hôtesse de l’air, là un mari à l’étranger pour affaires), se dédouanant ainsi de l’éducation de leurs progénitures. C’est d’ailleurs toute la lourde et secrète charge qui pèse sur les épaules du flic joué par Gilbert Melki, qui raconte avoir abandonné sa compagne alors enceinte de lui vingt ans plus tôt, et qui compte bien refaire sa paternité en couvant la jeune Rebecca à la fin du drame qu’elle vient de traverser. Rendue systématique, cette obsession pour le cinéaste de faire et défaire les couples, accouche d’un puzzle dont les pièces s’éparpillent trop vite. Ainsi lors du final, parallèlement à l’enquête policière qui livre ses conclusions un peu rapides, Complices s’entête à combler les vides sentimentaux de ses personnages, à la recherche d’un happy end certes très émouvant (jolie séquence finale), mais quelque peu grossier. C’est là le principal défaut du métrage, qui ne met en scène que des personnages ayant un rôle à jouer dans l’intrigue (ou alors qui soulignent le caractère sombre de celle-ci), de près ou de loin, et qui offrent rarement la possibilité de respirer, de s’évader.

On se rattachera alors au réalisme brutal de cette histoire très sombre et crue, qui n’hésite pas à montrer frontalement la nudité des corps, et la violence qui s’en échappe. En prenant le risque de mettre mal à l’aise les spectateurs à travers de nombreuses scènes de prostitution qui mêlent ces adolescents à la recherche d’argent facile, et ces adultes en pleine détresse, Frédéric Mermoud propose des images nouvelles pour un cinéma français qui nous habitue peu à ce genre de procédé, surtout que celui-ci est souvent répété pour bien marquer les esprits. Aucune faute de goût ne vient tâcher ce portrait sensible d’adolescents à la dérive. La justesse de ton de l’ensemble est d’autant plus remarquable qu’elle s’accorde à un sujet délicat que Mermoud exploite sans pincettes ni voyeurisme. C’est cette sincérité dans le propos et dans la mise en scène qui sauve Complices de quelques erreurs de débutant (et notamment la résolution un peu lourde en symboles de l’enquête), et qui le démarque des enquêtes policières des séries et téléfilms du petit écran.
Julien Hairault
> Sortie en salles le 20 janvier 2010






















