« La Horde » de Yannick Dahan et Benjamin Rocher : Die Hardcore !

En France, la signification du vocable “films de genre” est réduite à films d’horreur ou fantastique. Or, chaque film appartient à un genre particulier. Seulement voilà, les œuvres qui obtiennent de précieuses subventions publiques et autres avances sur recettes concernent principalement les comédies grassouillettes télévisuelles – des stars de la télé cachetonnant dans des films aux gags éculés et au ras des pâquerettes pour rester poli, avec pour exception notable Jean Dujardin dans la série des O.S.S 117– ou les drames existentiallo-psycho-traumatico-rigides-et-questionnant-des-problématiques-fondamentales-et-sociétales-tu-vois, soit des films bobo-chic, bobo-genre dont le manque d’inventivité de la réalisation le dispute à l’absence de profondeur (et inversement). Alors forcément, lorsque certains explorent des contrées obscures du paysage cinématographique français, figurées par des bandes transgressives, violentes et déstabilisantes, ça fait tâche. Pourtant, afin de pérenniser la production de tels films en France, il faudra obligatoirement en passer par leur multiplication afin de former une alternative salvatrice au formatage narratif et esthétique. Certes, tout n’est pas bon et pour un Haute-Tension (Alexandre Aja) et un A l’Intérieur (Julien Maury et Alexandre Bustillo), on doit s’enquiller des purges telles que Blood, The Last Vampire, Vertige, Humains et Mutants, rien que pour l’année 2009. De même, il faut regretter la propension de ces jeunes réalisateurs, élevés à Mad Movies et aux classiques américains de la terreur, à mettre en scène ce qui les fait vibrer sans que cela serve vraiment un propos ou un récit à l’ampleur déjà minimaliste. Ainsi Xavier Gens (Hitman, Frontière(s)) et plus encore le Christophe Gans de Crying Freeman et du Pacte des loups, grands cinéphages devant l’éternel livrant de beaux objets sans âmes, synthétisent parfaitement cette incapacité à digérer et s’approprier des références prégnantes pour enfin dépasser le statut de solides illustrateurs. Et puis il y a les torturés (mais belge) Fabrice Du Welz (Calvaire, Vynian) et Pascal Laugier (Saint-Ange, Martyrs) versant dans la torture justement et dont les œuvres sont des promesses de souffrance pour leurs personnages et leurs spectateurs.
La Horde de Dahan et Rocher se situe précisément au carrefour de ces courants et bien qu’assez mal dégrossi par endroits propose une option jouissive, bad-ass et hardcore comme se plaît à le répéter régulièrement le chauve toulousain dans le vidéo-club servant de décor à son Opération Frisson. Beaucoup plus détendu et drôle que les torture-porn à la française, maximisant les contraintes budgétaires pour éviter un traitement nanardesque (Vertige, Humains), bénéficiant d’une caractérisation efficace rejetant tout état d’âme à la profondeur factice (Mutants) et évitant de rendre pesantes les références inévitables, La Horde s’affirme comme un épatant film de zombies français, voire même film de zombies à la française, gage de promesses pour l’avenir.

Voulant venger la mort de leur collègue et ami Rivoallan, un quatuor de flics monte une expédition punitive à l’encontre des responsables, un gang dont le Q.G est situé dans une tour de la banlieue parisienne. Le carnage espéré tourne rapidement au fiasco lorsque les représentants de l’ordre sont neutralisés par la bande. Mal partis, tout tourne définitivement au cauchemar lorsque les morts se relèvent, menaçant indifféremment voyous et policiers. Prenant conscience de l’étendue de la propagation à l’extérieur et de la menace représentée par la horde de zombies prête investir l’immeuble, les survivants n’ont d’autres choix que de laisser leurs inimitiés de côté et s’allier pour trouver un moyen de s’échapper de cet enfer.
A l’image de ce pitch, le film ne tergiverse pas et après une introduction rapide des protagonistes au cours de l’enterrement d’un des leurs, enchaîne directement par un plan de la tour bientôt infernale. Par souci d’efficacité immédiate et afin de happer instantanément son audience dans l’histoire, le duo de réalisateurs sacrifiera sur la table de montage des scènes rallongeant la partie introductive. Le basculement d’un genre (le polar à la The Shield) à un autre (l’horreur zombifiée), à la manière d’Une Nuit en enfer de Robert Rodriguez, intervient ainsi plus rapidement qu’escompté au départ. L’histoire, plutôt mince, fait pourtant craindre le scénario prétexte à tous les débordements et délires déconnectés de toute justification narrative simplement parce que « c’est trop cool et que ça nous fait kiffer » (une vision à la Zack Snyder, en fait). Une crainte renforcée au détour de deux séquences d’action qui n’apportent rien en terme de « construction psychologique » des personnages (entre guillemets car on est pas là non plus pour une psychanalyse approfondie !) puisque la manière de combattre définie généralement la personne. On peut avancer le fait que cela permet de déterminer leur niveau de motivation pour survivre mais voir Joe Prestia et Claude Perron kickfighter du zombie relève plus du plaisir coupable que d’une réelle nécessité. De même, on peut regretter la valse hésitation dans la détermination du véritable « héros ». Ainsi le flic Ouessem (Jean-Pierre Martins), dont les doutes moraux servent d’ancrage humaniste au milieu du déferlement sanglant ambiant, évolue vers un pragmatisme de circonstance (pour vivre, il faut s’unir à son pire ennemi) et révèle une intéressante nature tendancieuse (malgré sa réticence à se faire justice, il a accompagné ses collègues) mais il se voit supplanté petit à petit par Adewale (Eriq Ebouaney) incroyable de présence physique, notamment lors de sa première apparition dans l’embrasure d’une porte défoncée au shotgun. Si le film n’est pas exempt de défauts techniques (montage, incrustation foireuse), il compense largement par une énergie et une générosité de tous les instants et une excellente dynamique entre les scènes comiques et d’action, créant un décalage inattendu qui finalement constitue le cœur du film. Et c’est le personnage de René interprété par Yves Pignot, un habitué des planches et des rôles plus classiques, ici dans un contre-emploi absolu et génial, qui permet de mettre à l’épreuve autant que lier les antagonismes générationnels. Découvert armé d’une hache en train de découper façon puzzle de chair à zomblard, ce locataire illuminé de plus de cinquante balais au racisme patent (il appelle les zombies les « jaunes », les morts-vivants représentants sûrement à ses yeux les fantômes des cadavres laissés en Indochine) s’avère un élément décisif de par sa connaissance des lieux et de son stock d’armes. Un armement gardé en réserve au cas où une grande occasion se présenterait, comme la liqueur de poire partagée et qui consacrera l’étrange union d’une vieille France un peu rance avec des « cailleras », celle d’un cinéma franchouillard avec des figures contemporaines de film d’action.

Le scenario écrit à huit mains par le quatuor Dahan, Rocher, Bordas et Moïssakis s’affranchit ainsi de tout discours politico-sociologique démonstratif et édifiant (le contraire des derniers Roméro en somme) laissant la liberté de relever (ou pas) un questionnement éthique et philosophique induit par les situations et les confrontations (la persécution d’une zombie, tuer ou non un ami bientôt infecté, la territorialité ou rien que le fait de voir les morts revenir bouffer les vivants !). Enfin, il faut souligner et louer le rythme du métrage octroyant un plaisir instantané et permettant d’oblitérer avec aisance des références bien présentes (Die Hard, Assaut, L’Armée des morts, REC…) mais que l’on ne déterminera qu’a posteriori.
Ce n’est pas non plus le film de l’année ou celui qui redéfinira le genre, leurs auteurs n’ayant aucune de ces prétentions, mais un film d’action horrifique de qualité, idéal pour une soirée ciné entre potes, ce qui n’est déjà pas si mal.

Nicolas Zugasti

> Sortie en salles le 10 février 2010




La Horde, bande-annonce





17ème festival international du film fantastique de Gérardmer

Si elle n’a pas primé de films réellement exceptionnels, la 17ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer aura tout de même livré de solides lauréats qui, outre une satisfaction immédiate, trouveront sûrement, grâce à leur prix, des débouchés pour une distribution hexagonale (le trio gagnant n’a toujours pas de date de sortie annoncée) voire appuieront une renommée naissante. A deux ou trois exceptions près, les films sélectionnés en compétition ou présentés hors-compétition auront démontré une certaine maîtrise formelle et esthétique et diviseront avant tout au niveau du ressenti propre à chacun. Une édition homogène qui aura réservé son lot de surprises, ceci sous l’œil bienveillant du président du jury, le grand John McTiernan.
L’Américain dont la présence justifiait presque à elle seule le déplacement dans les terres enneigées géromoises car s’il montre toujours un certain détachement face à la célébrité et au système (et après les batailles contre les studios entraînant ses déboires avec la justice et le F.B.I, on le comprend), il demeure accessible pour le public (cf. sa masterclass).
Alors que les discours des élus et des organisateurs se succédant au pupitre lors de la cérémonie d’ouverture mêlaient bons mots et inquiétudes à peine larvées quant aux difficultés à financer un tel événement, McT. Imposait immédiatement sa patte par son attitude. Tandis que les membres du jury arrivaient sur la scène de manière détendue et rapide, le président se distingue d’emblée par une démarche tranquille, les mains dans les poches (on croirait le voir déambuler au milieu de son ranch !) et semblant détailler l’agencement de ce décor. Le réalisateur de génie tel qu’en lui-même, d’apparence un peu gauche et bourrin mais dégageant une classe folle.
Étonnamment, John McTiernan ne suscita pas d’applaudissements franchement enthousiastes à l’annonce de son nom. Comme si son absence des écrans depuis près de sept ans l’avait plus ou moins entraîné dans l’oubli (à l’ère d’internet et de la rapidité croissante et la multiplication des flux, ce n’est malheureusement pas une surprise). A croire qu’il ne suffit pas d’avoir redéfini les codes du film d’action (Die Hard, Last Action Hero, Die Hard III) et donné en sus des classiques du genre (Predator, Le treizième guerrier) puisque Pierre Mondy et Véronique Jeannot, membres du jury de l’édition précédente, avaient généré plus d’agitation. Résolument triste et honteux.
Un petit peu comme le film d’ouverture Dans ton sommeil de Caroline et Eric Du Potet, un exercice bien franchouillard puisqu’il aborde le genre sur la pointe des pieds. Traumatisée par la mort de son fils de 18 ans, Sarah (Anne Parillaud, membre du Jury) se prend d’affection pour un jeune homme qu’elle percute accidentellement avec sa voiture. L’amenant chez elle afin de le soigner, ils vont être menacés par un homme poursuivant Arthur pour le tuer. Ébauchant plusieurs pistes d’action (slasher, film de siège, drame psychologique), le film à force d’hésitation ne procurera finalement aucune excitation, restant à la lisière de la transgression. Nous avons bien droit à quelques épanchements sanglants et meurtres choquants (une famille entière décimée dans leur sommeil) mais la réalisation très télévisuelle, le montage grossier et des interprétations dissonantes finissent de décontenancer et déconnecter les plus indulgents des spectateurs. Les festivités ne commencent pas sous les meilleurs auspices. Heureusement, la compétition et donc les choses sérieuses commencent dès le lendemain matin. Une sélection d’où on peut remarquer l’absence des Etats-Unis, ses représentants étant relégués hors-compétition.
Le premier jour débute à la première heure (11 heures, ça va) avec un film de fantôme coréen et le spectre du surestimé grand prix de 2004, Deux sœurs de Kim Jee-Woon, est prêt à surgir. Mais première surprise, Possessed de Lee Yong-Ju, s’il met en jeu un rythme et des figures classiques du genre, étonne par son récit articulé autour de croyances aussi antagonistes que le chamanisme et le christianisme. Sous forte influence de Hideo Nakata (Ring, Dark Water), le film instille une ambiance déroutante par l’alternance de moments de latence angoissante et les ruptures de tons propres à ce cinéma si particuliers (peur et comique de situation se mêlent). Un drame ésotérique troublant dans sa volonté de ne pas tout dévoiler et dénonçant la persécution d’une gamine de 13 ans tiraillée entre des locataires superstitieux et une mère bigote.
Également en compétition, le très attendu La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Si le public de l’espace Lac était tout entier acquis à la cause du film et de Dahan, le vociférateur iconoclaste et intelligent de l’émission du câble Opération Frisson, on sentait tout de même une pointe d’appréhension à l’idée que le film soit de la lignée du catastrophique Mutants de David Morley. Pari tenu et réussi par le duo de réalisateurs, leur film n’a d’autres prétentions que de divertir et il le fait intelligemment en ne sombrant jamais dans la surenchère et en se reposant sur des personnages très bien caractérisés. La palme revenant à l’incroyable René (Yves Pignot), qui réussit à être aussi inquiétant qu’hilarant. Un film de zombies en banlieue qui commence comme un épisode de The Shield (expédition punitive dans la tour abritant un gang) et proprement réjouissant par le rythme imposé à l’action et aux dialogues (on retrouve la gouaille, toutes proportions gardées, du grand Jacques Audiard). Pas exempts de défauts (le manque de budget n’excuse pas tout) mais il parvient sans mal à laver l’affront des purges Humains, Vertige et Mutants. Récompensé par le prix Syfy (sorte de lot de consolation), il loupe le prix du public à 10 voix près (et personne n’a demandé à recompter les voix ?) ! Ce dernier étant attribué à 5150, rue des Ormes d’Eric Tessier.
Film québécois, 5150, rue des Ormes se déroule dans une banlieue pavillonnaire bien tranquille et proprette jusqu’à ce que les mésaventures de Yannick, jeune étudiant en cinéma, n’en fissure les façades. Après un accident de vélo, il demande de l’aide auprès de la maison la plus proche, celles des Beaulieu. Malheureusement pour lui, il sera séquestré par le père de famille, véritable illuminé qui s’est chargé de la mission de punir ceux qu’ils considèrent comme injustes (dealers, pédophiles, voleurs…). Il fait un marché avec le jeune homme, il le libèrera s’il parvient à le battre une fois aux échecs. La croisade de ce patriarche rappelle par sa ferveur le dérangeant Emprise de Bill Paxton, bien qu’ici il fasse appel à son observation et ne s’en remet à aucune voix ou apparition pour lui indiquer les personnes malfaisantes. Souffrant d’un léger coup de mou en milieu de métrage, Tessier parvient néanmoins à créer une ambiance pesante et même glauque lorsque nous est révélé le projet sur lequel travaille depuis 15 ans monsieur Beaulieu. A noter que 5150 désigne dans le California Welfare and Institutions Code une section qui autorise la détention contre son gré d’une personne souffrant de troubles mentaux et pouvant être dangereuses pour elle-même ou autrui. Ce qui éclaire sous un angle intéressant les intentions du réalisateur.

Que serait le festival de Gérardmer sans film espagnol ? Se serait un peu comme une paella sans chorizo, cela manquerait de piquant. De plus, ils repartent bien souvent avec un prix comme pour La Secte sans nom, Fausto 5.0, L’Echine du diable, Fragile ou encore REC et l’Orphelinat et proposent généralement des œuvres bien ancrées dans le genre, à la force narrative et émotionnelle. Or cette année, Hierro de Gabe Ibanez et plus encore Les Témoins du mal de Elio Quiroga échouent complètement à répondre aux fortes attentes engendrées par leur script respectif et l’excellence de leur prédécesseurs. Hierro s’attarde sur l’histoire de Maria, jeune mère solitaire à la recherche de son enfant disparu sur le ferry les emmenant en vacances sur l’île de Hierro. Essayant d’instaurer un suspense et un climat déliquescent par l’incertitude liée au sort du bambin (mort ? enlèvement ?), Ibanez peine à générer la moindre émotion quant au trauma de la belle Maria (très belle Elena Anaya). Dommage car la facture esthétique de l’ensemble est remarquable (photo superbe, plans à la frontière de l’onirisme et de la réalité) et débutait par un accident de voiture impressionnant par sa beauté et sa brutalité. Par contre, seules les premières minutes et le contexte inédit des Témoins du mal sont à sauver. Encore une histoire d’enfants meurtris, de possession, de vengeance d’outre-tombe mais cette fois desservie par une interprétation fluctuante (pour être gentil), une construction narrative à l’emporte-pièces et surtout sans surprises. Un couple avec leur bébé vient emménager dans une vieille demeure isolée théâtre d’événements surnaturels (visions cauchemardesques, porte qui claque, bruits bizarres…) liés au passé. Une grosse déception car si le synopsis et le film lui-même respirent le déjà-vu en beaucoup mieux ailleurs, le postulat de départ s’appuyait sur les documents cinématographiques créés en période franquiste et diffusés obligatoirement (jusqu’en 1976) avant le film. Ses productions définies par l’acronyme NO-DO (pour NOticiero DOcumental) avait pour finalité « de nourrir, de sa propre initiative et avec l’orientation adéquate, l’information cinématographique nationale« , autrement dit des œuvres de propagande et qui dans le programme du film Les Témoins du mal étaient envisagées du côté de leur commanditaire, l’église catholique espagnole. Quelques exemples de ces vidéos ici.
Il y avait donc de quoi nourrir une fiction originale et engagée et éviter ce résultat trop timoré et prévisible de bout en bout.
Prix du Jury et de la critique, Moon de Duncan Jones est une histoire de science-fiction hypnotisante par ses superbes images et la musique atmosphérique de Clint Mansell. Vivant reclus depuis près de trois ans dans la station lunaire de Sarang où il gère l’extraction d’un gaz rare capable de résoudre la crise énergétique frappant la Terre, Sam Bell combat la monotonie quotidienne (mêmes actions et contrôles répétitifs jusqu’à l’aliénation) en occupant son esprit à penser à son proche retour. Mais à deux semaines de repartir, il est assailli par des visions étranges, est victime d’un accident à l’extérieur et se retrouve nez à nez avec un autre lui-même. Parfaitement maîtrisé formellement, Duncan Jones n’exploite pas assez intensément les dilemmes moraux, éthiques et émotionnels liés à l’explication de la présence d’un double. A la vision de cette tentative inégale on pense bien entendu au Solaris d’Andreï Tarkovski ou au 2001, Odysée de l’espace de Kubrick mais Jones s’en dégage suffisamment pour livrer un film à l’ambiance personnelle. Il utilise d’ailleurs plutôt bien ces références en jouant sur l’ambigüité comportementale du compagnon robotique de Sam (excellent Sam Rockwell), cet être si serviable et amical en apparence semble cacher une nature plus maligne. Un bon film c’est sûr mais dont le potentiel parfois mal exploité aurait pu amener à l’excellence.

Autre premier film au potentiel certain, Amer de Hélène Catet et Bruno Forzani se veut une relecture plus qu’une redéfinition du giallo puisqu’il n’use que des motifs propres à ce genre tombé en désuétude depuis la chute artistique d’Argento sans jamais repenser le modèle narratif le constituant. Nous avons droit à des images superbes à la colorimétrie très travaillée, des mains gantées de noir vues en plan subjectif, une lame de rasoir, une bâtisse renfermant des souvenirs traumatiques auxquels il faudra se confronter, etc. mais finalement tout cela est vain car les réalisateurs oublient d’articuler leur histoire autour de ces codes. Amer n’est donc qu’une très belle expérimentation formelle sur la quête charnelle et de désir de son héroïne sans d’autre but que de susciter une sensualité exacerbée. Ce parti pris est parfaitement atteint et maîtrisé grâce à l’utilisation de nombreux inserts sur des parties du corps filmées en gros plan (une bouche, un menton, une jupe qui se soulève, le grain de peau luisant de transpiration…) et par le remarquable travail sonore (crissement de pas sur le gravier, froissement du cuir des gants, des sièges d’une auto, vrombissement du moteur…), ceci créant une hallucinante proximité presque intime mais au final ne raconte rien. Pire, développé sur toute la durée du film, ce jeu esthétique et poétique finit par lasser et insupporter par sa vacuité et parfois sa drôlerie involontaire (la séquence du peigne et de la baignoire). Injustement hué, ce film audacieux mais à la limite de l’autisme auteurisant ne méritait pas de voir une bonne partie du public se lever en pleine projection pour quitter la salle. Un mauvais film qui paradoxalement proposait les images les plus enivrantes. Amer sort le 3 mars 2010 et s’il aura du mal à captiver et trouver un public, ce ne sera pas à cause de son affiche magnifique.

Enfin, terminons ce tour d’horizon de la compétition avec le mérité grand prix attribué à The Door (Die Tür en V.O) de Anno Saul, réalisateur germanique habitué à tourner des comédies. Si l’histoire de The Door ne prête pas franchement à sourire (un père responsable de la mort de sa fille de 7 ans à cause de son inadvertance coupable), le réalisateur mêle pourtant avec bonheur gravité et instants comiques pour un résultat très contrasté et déroutant. Surtout, le film est très bien rythmé et rebondit naturellement au gré des éléments mis en place. La seconde chance offerte à David (Mads Mikkelsen, encore une fois très bon) de rattraper ses erreurs en passant une porte le renvoyant au moment du drame va tour à tour se transformer en rêve éveillé et son pire cauchemar. Drame familial, comédie de mœurs, complot, voisins inquiétants, éléments fantastiques, tout se mêle avec grâce pour donner un récit poignant et intense. En espérant que The Door débarque en salles et pas directement en DVD.

Avec McTiernan comme président, l’occasion ne fut pas manquée de lui rendre hommage à travers six films, Nomads, Die Hard, Predator, Die Hard III, Le Treizième guerrier et Rollerball. Par manque de temps votre serviteur n’a pu revoir que Predator et malgré la piètre qualité de la copie le plaisir reste intact. Vingt trois ans après, le film conserve sa force et sa virtuosité renvoie la concurrence à ses chères études (meilleur film du festival et de loin !). Très appréciée fut également la masterclass d’une heure prodiguée par ce génie incompris. Il est ainsi revenu sur la politique inique des studios à son encontre, ses influences, ses projets futurs, l’avenir du cinéma, James Cameron et la 3D (il a adoré Avatar mais considère que pour l’instant la 3D est un agréable gimmick pas encore prêt à révolutionner profondément le septième art). Une masterclass que vous pouvez télécharger ici .

Fantastic’Arts, c’est aussi la compétition des courts-métrages. Des réalisations vraiment plus intéressantes que celles de l’année dernière puisque aux délires potaches et effets de style, les courts de cette année substituent une réelle volonté de raconter une histoire. Même si c’est plus ou moins raté dans le cas de Entre-Deux de Béatrice et Hughes Espinasse trop axé autour de son symbolisme ou La Morsure de Joyce A. Nashawati qui lui propose seulement des images léchées mais vides de toutes substance narrative. Tout le monde se demande encore comment il a pu ravir le prix tant ce court étale sans vergogne des afféteries auteurisantes et un goût immodéré et insupportable pour la pose. La Carte de Stefan Le Lay verse dans le désuet plutôt sympathique (un plagiste d’une carte postale en couleurs veut rejoindre sa bien-aimée, une femme à ombrelle en bord de mer dans une carte en noir et blanc) mais qui peine à faire oublier ses modèles le conte La Bergère et le ramoneur et surtout le formidable court d’animation des studios Pixar Knick Knack (un bonhomme de neige dans sa boule tente de rejoindre une jolie demoiselle en bikini dans la boule voisine). Barbie Girls de Vinciane Millereau est un délire potache plutôt rigolo mais sans génie et Toute ma vie de Pierre Ferrière surprend par son twist final très bien amené. Non, celui qui aurait dû s’imposer est le court-métrage d’origine belge, Les Naufragés de Mathieu Frances certes un peu trop long (27 minutes) mais qui parvient à faire peser une menace sourde sur son héroïne enceinte de 8 mois et seule après la disparition inexplicable de son mari explorant la demeure en bord de mer qu’ils ont louée pour le week-end. Une histoire formant un étonnant prolongement au chef-d’œuvre de Serrador Les Révoltés de l’an 2000, d’autant plus surprenant que le réalisateur du court avoue n’avoir découvert ce film que quelques temps après la fin du montage.

Le documentaire Viande d’origine française de Xavier Sayanoff et Tristan Shulman (le doc’ Suck my geek et l’émission Frisson Break sur Ciné Cinéma Frisson), présenté logiquement à la suite de la première projection de La Horde, établit un bilan pas fameux de la production de films de genre en France. Entre querelles de clochers, frilosité des investisseurs, difficultés pour les réalisateurs de dépasser leurs envies et digérer leurs multiples influences ; autant de raisons bridant le financement de films fantastiques ou d’horreur en France. Surtout, le documentaire révèle une contrainte inhérente à tous, la mainmise des télévisions dans le budget alloué. Sans pré-ventes aux chaînes raisonnant seulement en fonction d’une diffusion en prime-time, l’existence de projets risqués restera irrémédiablement en marge ou du moins financé à minima (le budget maximum accordé pour un film horrifique est de 2 millions d’euros. Même avec beaucoup d’inventivité et d’énergie, difficile de concrétiser sa vision). A moins qu’un succès inespéré dégage un horizon bien plombé. Ces problématiques, les autres cinématographies européennes y sont également confrontées, preuve que ce n’est pas seulement un problème culturel ou générationnel. Alors bien sûr, le modèle américain continue à faire rêver les jeunes réalisateurs français s’expatriant de plus en plus mais ce supposé eldorado ne saurait occulter la liberté artistique mise à mal par l’octroi de moyens conséquents. Les expériences de Eric Valette (One Missed Call, Hybrid) ou Alexandre Aja (qui semble tristement apprécier de végéter sur des productions telles que Mirrorsou bientôt Piranhas 3D) l’attestent. Le panorama américain et plus précisément les productions en provenance des Etats-Unis font l’objet d’un deuxième documentaire, Nightmares in Red, White and Blue de Andrew Monument qui retrace en 1h20 l’évolution d’un cinéma par définition transgressif et reflétant la société et ses peurs les plus profondes et intimes. Le réalisateur donne ainsi la parole à certains des plus illustres représentants américains (Joe Dante, John Carpenter, George Romero, etc.) permettant de mesurer le fossé pour l’instant infranchissable séparant ce cinéma de nos tentatives nationales.
L’espoir demeure même s’il se fonde sur la déconfiture d’une des figures majeures de l’horreur, le zombie made in Romero. Son dernier opus navrant intitulé Survival of the Dead ne fait qu’entériner ce que Diary of the Dead avait mis en évidence, l’incapacité pour le maître à renouveler un genre qu’il a en partie fondé, se noyant dans ce que la critique bobo attend de lui, soit un discours crypto-politico-social au mieux pompeux, au pire affligeant de bêtise et de naïveté. Mais là où le papy gâteux devient franchement embarrassant, c’est qu’il se parodie lui-même en tentant d’insuffler de l’humour façon Sam Raimi dans une intrigue lorgnant honteusement du côté de soaps tels que Santa-Barbara ou Côte Ouest, révélations stupides à l’appui (ah, le coup de la sœur jumelle !…). Avec des décors et des effets plus ringards que jamais, Survival of the Dead s’impose comme le pire des nanars car il est impossible de rigoler devant le suicide artistique d’un ancien grand nom de l’horreur.
Heureusement, les dernières productions signées Rob Zombie et Vincenzo Natali étaient là pour soulager nos larmes. Bien que pour le cas Halloween II du métalleux grundge, le résultat aura plutôt divisé. Mais pas autant que sa formidable (je suis le seul à le penser) relecture du chef-d’œuvre absolu et incontestable de Carpenter, Halloween. Avec cette suite imposée par les frères Weinstein, Zombie s’approprie complètement le personnage de Michael Myers en le pliant à son univers crasseux et déjanté par l’entremise de séquences impressionnantes d’âpreté et de brutalité et l’adjonction de visions oniriques visuellement barrées préparant la conversion ultime de Laurie Strode dont le parcours psychologique dramatique structure le récit. Un bon petit film sans prétention que d’aucun reprocheront de s’éloigner du mythe crée par Big John. Alors que les mêmes détracteurs reprochaient au premier Halloween de Zombie de trop s’attacher aux pas du boogieman tel qu’imaginé par Carpenter. Le film sortira directement en DVD le 1er avril 2010.

Plus original, Splice du talentueux Vincenzo Natali est un film dont l’histoire tourne autour de l’expérience menée par un couple de scientifique mixant ADN humain et issu d’une créature créée en laboratoire pour former un être aux propriétés génétiques curatives. Soit la possibilité de soigner les maladies les plus retorses figurée par un monstre à l’apparence humaine et que les scientifiques baptisent Dren. Natali aborde toutes les problématiques éthiques et morales liées à l’éducation d’une telle créature et va jusqu’au bout des conséquences de l’attirance naissante entre Clive (Adrien Brody) et Dren. Dommage que le réalisateur peine à susciter de l’empathie pour cette créature singulière car son film est magnifiquement travaillé par des images aussi révoltantes que poétiques et dont certains instants rappellent Jeepers Creepers ou les premiers films de Cronenberg (Pulsions, Rage, La Mouche). Là encore, pas de date de sortie de prévue.

Autre incursion science-fictionnelle après Moon, Cargo de Ivan Engler rappelle d’ailleurs ce dernier par son rythme progressif et les interrogations existentielles. Mais ce film suisse impressionne plus par ses décors monumentaux (l’intérieur du cargo en question est vraiment bluffant) que son intrigue trop diluée dans le temps (presque deux heures de métrage). et clairement marquée par ses références (2001, Solaris, Matrix, Silent Running).
Enfin terminons ce tour d’horizon avec le fendard Doghouse de Jake West, réalisateur de l’inédit et foutraque Evil Aliens, et qui ici livre un film de zombie surplombé par l’ombre de Shaun of the Dead sans que cette référence incontournable devienne trop pesante. Une bande de copains décident de passer un week-end dans un village isolé dans la campagne anglaise afin de changer les idées à leur pote sur le point de divorcer. Ils y reçoivent un accueil pour le moins particulier de la gent féminine locale trop entreprenante surtout lorsqu’il s’agit de zombies. Une comédie d’horreur vraiment poilante qui stigmatise au passage les comportements machos et misogynes de ses « héros » (hilarante scène du bouton contrôlant les femmes zombies, entre autres).

Si la 17ème édition de ce festival, on l’espère, amené à durer encore de nombreuses années n’a pas révélé de chef-d’œuvres impérissables ou du moins de films prompts à figurer dans les traditionnels tops de fin d’année, elle aura au moins démontré la vigueur d’un cinéma bien trop souvent laissé pour compte par les grands médias.
Effet d’annonce, promesse d’avenir ? En tous cas, les derniers mots prononcés par MCTiernan lors de la soirée hommage qui lui était consacrée ciblent déjà Gérardmer comme le rendez-vous indispensable de l’année prochaine. Le réalisateur américain ayant promis de venir ici-même présenter en exclusivité son prochain film ! Où est-ce qu’il faut signer pour réserver sa place ?…

Nicolas Zugasti

> Lire aussi, prochainement, notre article/compte-rendu dans VERSUS n° 18 (sortie fin février / début mars).

The Door, bande-annonce

Moon, bande-annonce

5150, Rue des Ormes, bande-annonce





« Invictus » de Clint Eastwood

L’époque du « Dirty Harry » étant déjà bien loin, chaque nouveau film du maître Eastwood est toujours très attendu. L’adjectif « attendu » étant à prendre dans les deux sens du terme en ce qui concerne Invictus.
Cela dit, je dois bien avouer que j’ai eu les larmes aux yeux dès les premières minutes du film. 1994 : fin de l’Apartheid, sortie de prison, puis élection du grand Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud. Il y a des purs moments d’émotions dansInvictus. À peu près tous les quarts d’heure en fait. Un discours plein d’espoir par-ci, une partie de rugby avec des enfants du ghetto par-là, une servante noire que l’on accueille enfin comme un membre de la famille, un poème qui fait référence, une finale de la coupe du monde… On se laisse facilement prendre au jeu et on emboîte le pas à cette nation déchirée qui va se retrouver autour des sacro-saintes valeurs du sport. Nelson Mandela réussit très vite (trop vite ?) à convertir ses compatriotes noirs au rugby, la pratique des blancs par excellence.
Toutefois, il faut dire que Clint maîtrise bien son art et qu’il y a beaucoup de choses très réussies dans ce film. Tout d’abord, les images sont superbes. Un étalonnage bien choisi restitue parfaitement la lumière jaune paille du pays et une jolie patine évoque la poussière sèche qui semble voler un peu partout en Afrique.

Enfin, le casting ne pouvait pas être mieux pensé. Morgan Freeman/Nelson Mandela est toujours d’un charisme époustouflant. L’acteur qui a longtemps peaufiné son personnage est, encore une fois, très touchant dans son éternel rôle de papa bienveillant. Cela dit, il l’était déjà il y a 15 ans de ça, dans le fantastique Seven. Passons. En tout cas, Morgan Freeman (notez que Freeman signifie tout de même l’homme libre) semble parfaitement à l’aise dans la peau d’un géant tel que Mandela. Il déclame un discours historique avec le même flegme qu’il verse du sucre dans son thé. Aucune fausse note de ce côté.
Quant à Matt Damon/François Pienaar, il est toujours aussi convaincant en bon élève, un rôle qui lui colle à la peau depuis toujours. On sent bien qu’il a fait des efforts tout de même pour devenir le capitaine de l’équipe de rugby : il a certainement soulevé beaucoup de fonte, mangé des protéines. Il a dû aussi regarder Raging Bull en boucle pour se convaincre que tout cela en valait la peine. Mais au final, on y croit, c’est l’essentiel.
Et surtout, on retrouve cette touche d’humanisme discrète qui fait le sel des films d’Eastwood. Tous ces petits détails, ces gestes anecdotiques, ces paroles triviales échappées brièvement… Cette volonté du cinéaste de rendre crédibles et attachants ses personnages en soulignant leurs faiblesses, leurs failles ou simplement leur fragilité. Monsieur le Président marche le matin en survêtement avachi, Monsieur le Président se fait appeler Dada par son assistante, Monsieur le Président est amateur de jolies femmes, Monsieur le Président va aux toilettes (non, ça c’est moi qui ai cru le voir).
Invictus a donc tout d’un film à Oscars. La statuette jaune, le péché d’orgueil, la maladie honteuse, celle-là même qui fait rêver les réalisateurs indépendants à leur corps défendant. La dernière tentation du Clint aura eu raison de lui. Oubliée la fonction du cinéaste qui n’est pas là pour nous divertir ou pour se montrer. Le 7e art, comme les 6 autres, a pour fonction d’interroger, de déranger et de montrer crûment la réalité de la condition humaine.

C’est ce qu’a décidé d’ignorer le cinéaste avec Invictus. Où sont donc passées son acidité et sa lucidité ? Lui qui prenait un malin plaisir à égratigner le mythe américain ? Certes l’humaniste convaincu a toujours été tenté par les bons sentiments, on ne se refait pas. Il a souvent œuvré sur le fil du rasoir finalement. Mais il s’en sortait avec plus ou moins de grâce et de finesse. De la finesse, il n’y en a pas dans son dernier film. Les noirs et les blancs envahissent l’écran. Personne n’est véritablement gris et c’est bien dommage. Peut-être que le sujet était trop osé finalement. Comment tenir un propos neuf sur l’horreur de l’Apartheid ? On sait bien qu’il ne faut pas faire abstraction du passé, on sait aussi qu’il faut s’en affranchir pour avancer. Mais que dire de plus ?
Ou peut-être bien qu’il était trop ambitieux de s’attaquer à une personnalité aussi démesurée que celle de Mandela, celui qui a passé 27 ans en prison, celui qui a tenté de réconcilier Caïn et Abel.
En tout cas, le résultat est décevant. On ne saisit pas le propos de ce film. C’est confus, diffus, on ne s’arrête sur rien, il n’y a pas de véritable parti pris et, au final, on décroche. Il est question, tour à tour, de pardon, d’inspiration, de stratégie politique, de victoire (« invictus » = l’invaincu), de liberté de l’âme… Alors on se demande si l’on est face à une fable judéo-chrétienne, bouddhiste ou si Clint nous propose une nouvelle philosophie un peu fourre-tout. Quelles sont les références obscures qu’il nous invite à réexaminer ?

Invictus est donc un film à voir absolument, si vous préparez une thèse sur les ressorts du cinéma hollywoodien. Prévoyez tout de même une bonne série B à la sortie, histoire de vous égratigner un peu l’œil et de vous nettoyer de cet excès de bons sentiments.

Carine Ouahrirou

> Film sorti en salles le 13 Janvier 2010

> Lire aussi nos dossiers sur Clint Eastwood dans VERSUS n° 7 (épuisé) et VERSUS n° 11, ainsi que notre critique de L’Échange dans VERSUS n° 14.

Invictus, bande-annonce/trailer en VO



« Yona, la légende de l’oiseau-sans-aile » de Rintaro

Longtemps absent du grand écran (son dernier film, le très bon Metropolis, est sorti en France en 2002, ce qui commence à dater), Rintaro revient avec une coproduction franco-japonaise supervisée par le studio nippon Madhouse. Un gage de qualité dans le domaine de l’animation comme en témoignent les longs-métrages Ninja Scroll, Perfect Blue, Paprika ou les séries Devil May Cry et Monster.
Métrage destiné avant tout aux enfants, Yona, la légende de l’oiseau-sans-aile voit le réalisateur se frotter pour la première fois à l’animation en infographie 3D, convaincu qu’il s’agit du futur de l’animation après avoir travaillé jusqu’alors sur celluloïd 2D. Une innovation technologique qui aboutit à un résultat plaisant – sans être révolutionnaire ou prodigieux – et dont l’aspect technique ne prend jamais le pas sur l’’intrigue. L’histoire manque cependant d’intensité et n’arrive pas toujours à susciter cet émerveillement chez le spectateur, alors que le « merveilleux » parcourt pourtant tout le récit.

Le film narre les aventures d’une petite fille – Yona donc – se prenant pour un pingouin, et persuadée qu’elle est capable, comme eux, de s’envoler dans les airs. Une illusion prenant racine dans un passé encore frais dans sa mémoire, ces moments passés avec son père aujourd’hui décédé, qui lui avait garanti que les pingouins savaient voler, lui-même ayant déjà parcouru les airs à leurs côtés. Une petite fille bercée par ses rêves et semblant ne pas avoir de vie en dehors de ce monde magique qui balise son quotidien. Un univers merveilleux qui prendra d’ailleurs vie sous ses yeux quand un petit Gobelin l’invite à découvrir son monde que cherche à dominer le mystérieux Bouca-Bouh, l’Empereur des ténèbres. Les Gobelins voient en Yona cette figure légendaire de l’oiseau-sans-aile, censé les sauver de cette menace. La petite fille finira par atteindre son objectif, tutoyer les nuages, tout en réalisant la prophétie des Gobelins.

Un joli récit initiatique, centré sur des motifs tels que la confiance en soi et dans les autres : Yona croit dur comme fer aux paroles de son père, et sa mère la laisse déambuler dans la ville seule en pleine nuit, sans apparemment craindre pour sa sécurité. Impossible de ne pas être ému et amusé lors de cette scène dans laquelle la fillette tente et parvient à s’envoler pour récupérer cette aile d’ange en or si précieuse. Ne jamais cesser de s’émerveiller… Vivre ses rêves pleinement et jusqu’au bout (pas un hasard si l’intrigue du film se passe la nuit) et garder le plus longtemps possible ce regard enfantin et naïf sur les choses de la vie. Tout le contraire de Coraline, qui véhiculait a contrario l’idée d’une nécessité de rompre avec l’émerveillement de l’enfance tronquant la réalité. Ce sont d’ailleurs la foi et l’assurance profondes de Yona qui permettront de rétablir l’harmonie dans ce monde fantastique : l’ange Zammie récupérera son aile manquante ; l’une des sept divinités retrouvera sa place auprès de ses pairs en recouvrant sa tête, tandis que le village gobelin retrouvera la quiétude après la déroute de Bouca-Bouh.

Ce monde peuplé de Gobelins, d’anges, de dragons et de divinités (les Sept sages dont l’un veille avec attention sur la jeune héroïne) est à l’image de la production du métrage : un syncrétisme occidentalo-oriental s’inspirant autant de la culture nippone que du christianisme. Mais pas de théologie pompeuse ou de prosélytisme insoutenable. Simplement une invitation à s’envoler dans les cieux de l’imaginaire et à flotter dans nos rêves les plus insensés…

Fabien Le Duigou

> Sortie en salles le 3 février 2010

Yona, la légende de l’oiseau-sans-aile – Bande-annonce en VF



« In the Air » de Jason Reitman : les bons sentiments au secours de la crise

Considérant tout le bien (infondé) que le public disait de son précédent film Juno (sympathique mais surfait, voire même un peu tête à claques par moments), Jason Reitman partait grand favori pour les Golden Globes. Il en est revenu avec la récompense du « meilleur scénario », ce qui confirme le consensus que suscite le réalisateur, consensus qui n’a pas fini de nous étonner étant donné le niveau moyen de ses productions, que In the Air ne relève pas même s’il divertit sans problème.

Une question majeure se pose à la vision du film de Reitman, de qualité on le répète estimable sur le plan de la pure comédie : comment a-t-on pu récompenser un script aussi godiche dans ses enjeux, doublé d’une superficialité se faisant passer une fois de plus pour de l’audace (comme Juno, dont la scénariste largement surestimée Diablo Cody a déjà montré ses limites avec le très médiocre Jennifer’s Body) ? La réponse se trouve dans le consensus évoqué ci-avant, cette capacité enthousiasmante du cinéaste à rassembler autour de ses thèmes et personnages un public très disparate et aux différentes générations volontiers en conflit. Reitman séduit par des histoires fédératrices et réconcilie, en surface, propos social et divertissement en famille (ou entre amis). En surface seulement pour la chronique sociale, car ici aussi, l’homme pèche par excès de bons sentiments et, emporté par l’envie de raconter d’abord une histoire d’amour, se débarrasse sans vergogne du sujet qu’il aborde d’emblée de façon frontale et subversive.

Il y a deux films dans In the Air, dont le plus célébré n’est pas celui qu’on croit, et assurément pas le plus fouillé thématiquement. L’obsession de Ryan Bingham (George Clooney) pour le cumul des miles dans le cadre de ses voyages d’affaires, sa propension à ne jamais rester sur place, sa position omnisciente et distanciée vis-à-vis des employés à qui il est chargé d’annoncer leur licenciement, se satisfait avec brio du parti pris initial de Reitman : la domination aérienne d’une Amérique en proie au délitement, cette vision globale d’une crise que les élites ne font jamais que regarder d’en haut. Autant de plans intelligents pour offrir au spectateur une inédite radioscopie de la société étatsunienne, loin des standards habituels de sa représentation cinématographique (on survole des villes qui constituent le cœur culturel, le tissu économique et social, même sinistré, du pays et non son illustration exotique à l’instar de ses métropoles canoniques du grand écran). Dans ses nombreuses escales professionnelles, étapes-clefs d’une odyssée sociologique, Bingham s’impose comme l’interlocuteur impersonnel par excellence ; comme les sociétés qui le paient pour effectuer le « sale boulot », il ne s’engage, ne s’attache auprès de personne, ni de rien (dommage que son discours avec exemple/symbole de « la valise » soit autant de fois répété et décortiqué ; l’image était suffisamment claire en soi pour que le cinéaste n’ait pas à la décliner à chaque étape de bouleversement idéologique du personnage). En faisant face au malaise réel de la working class et des PME américaines, Reitman manipule dans la premier tiers de son film un concept ingénieux et captivant de comédie à conscience sociale. L’intrusion d’une nouvelle donne dans la méthodologie de licenciement (entretien par vidéo conférence et non plus en face en face) ajoute à l’intrigue une authentique strate critique et attaque en règle, même si avec légèreté, la politique menée par les grandes et moins grandes corporations U.S. Cette vision d’anticipation (le fait n’existe pas encore aux Etats-Unis et, vu notre législation, ne risque pas de débarquer en France – encore que, avec Sarkozy, « tout est possible » dit le slogan) égratigne le schéma de la success-story à l’américaine, perverti par le comportement prédateur des yuppies et des tenants du néo-libéralisme.

Fort de ces deux enjeux réellement passionnants vis-à-vis de l’implication grandissante du protagoniste dans le processus d’empathie pour les employés licenciés, Reitman se dit néanmoins que cela suffit comme ça et, n’oubliant pas que la crise n’amuse personne (un peu comme la guerre en Irak : « c’est pas amusant, faut pas projeter ça au cinéma ! »), intègre à son récit non pas une mais deux catastrophiques histoires d’amour, qui finissent par noyer le poisson de l’observation politique pamphlétaire et concernée : d’abord réduits à l’état d’une représentation cartonnée qu’il emporte partout avec lui comme pour mieux faire visiter le pays à ses référents photographiés, la sœur de Bingham et son futur mari débarquent dans l’histoire pour un discours lénifiant sur l’amour, la famille et le doute humain mais vite résolu de l’engagement à vie avec l’être aimé. Les scènes du mariage, point culminant de ce calvaire de nunucherie phénoménale, achèvent de diluer le peu de propos sur la vraie vie étatsunienne d’aujourd’hui échangés au cours du repas entre Bingham et son futur beau-frère (Danny McBride – sympathique mais vraiment en sous-régime – parlant d’immobilier). L’idée de ne connaître ces personnages qu’à travers leur effigie en carton n’était pas seulement iconoclaste (même si elle mettait les deux acteurs au chômage…), elle était aussi très drôle, spontanée et vectrice d’une caractérisation originale, culottée par rapport aux attentes et habitudes du public dans le genre. Peine perdue pour l’audace narrative : la vraie rencontre avec les tourtereaux alourdit le récit d’une charge émotionnelle démagogique. Reitman enfonce le clou en même temps qu’une porte ouverte en mettant à son tour Bingham dans une situation amoureuse, donc dans une possibilité de s’engager, jusqu’à la déconvenue, l’illusion de la relation qu’il a entamée « en transit » avec une femmes d’affaires aussi instable que lui (du moins en apparence).

C’est le versant le plus poussif du cinéaste, une propension à la comédie toujours rattrapée par la bonne morale US qui prévaut dans son giron de production hollywoodienne verrouillée par les exécutifs un peu pro-Républicains sans aucun doute. Cette même morale qu’il fait réciter à de vrais sans emplois qui déclarent, en guise de conclusion et de générique (bel hommage, certes, mais si c’est pour se montrer aussi docile à l’égard des conventions…), que l’amour de leur proches et de leur famille, plus important que tout, les a élevés, sauvés de la crise existentielle du chômage et du sentiment soudain d’inutilité sociale. Une façon écœurante d’étouffer dans l’œuf toute expression d’un contre-pouvoir offensif, toute contestation d’une politique économique désastreuse, soumise à l’avidité la plus destructrice. À croire que les années Bush n’ont finalement pas tant fait de dégâts collatéraux…
Reste que le réalisateur ne s’intéresse pas aux phénomènes de société mais plutôt aux communautés et aux rapports inter-générationnels. En cela, oui, son talent éclate (c’était déjà la seule et unique force de Juno). Excellent directeur d’acteurs, Reitman orchestre avec maestria les conflits d’idées entre Bingham et la nouvelle recrue Natalie Keener (Anna Kendrick). Des atouts de mise en scène qui ne suffisent pourtant pas à relever le niveau trop peu engagé d’un film survolant son sujet véritable : l’Amérique en crise – d’identité, de productivité.

Stéphane Ledien

> Film sorti en salles le 27 janvier 2010

> À propos de George Clooney réalisateur, lire nos articles sur Confessions d’un homme dangereux dans VERSUS n° 5 (épuisé) et sur Good night, and good luck dans VERSUS n° 9, toujours disponible à la vente sur le site.



In the Air, bande-annonce en VOST





« DVD Park II » n° 3 vient de paraître : téléchargez-le !

Le n° 3 de DVD Park II est en ligne.
Un 12 pages numérique qui vous propose de (re)découvrir plus de 30 films sortis en DVD ces dernières semaines.
Au programme : les indispensables coffrets Fritz Lang, Allan Dwan, Douglas Sirk, mais aussi Jusqu’en enfer, Ultimate Game, Le Coup de l’escalier, Ne te retourne pas, Adventureland, The Ultimate Warrior (New York ne répond plus) et les éditions les plus marquantes de la fin de l’automne et de cet hiver.
En couverture : Deux Rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet), joyau du coffret Allan Dwan.

Téléchargez ce supplément à l’adresse suivante :
www.versusmag.fr/dvdpark2



Deux Rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet) Bande annonce / Trailer en VO

The Ultimate Warrior, extrait

Jusqu’en enfer, Bande annonce en VO







« Le Livre d’Eli » : sur la route…

Quelques mois seulement après l’adaptation du roman épuré de Cormack McCarthy par John Hillcoat, La Route, les frères Hughes nous proposent leur propre vision du futur apocalyptique de l’Amérique ; un monde assez proche, esthétiquement, de celui où évoluaient « l’homme » et « l’enfant » dénués de noms de La Route : des terres ravagées où, parmi les rares survivants, pullulent les brigands et les cannibales, s’assurant dans la violence un présent éphémère. Et surtout ces routes laissées à l’abandon que les protagonistes doivent suivre jusqu’à un improbable objectif. Parce que, ruinées ou pas, les routes restent le seul vestige matériel du passé, de ce monde qui fut. Routes sur lesquelles les personnages véhiculent un espoir, métaphorique dans le cas du père et du fils (ce fameux « feu » qu’ils portent en eux), concret pour le héros solitaire des frères Hughes : un livre mystérieux.

Affublé du prénom prophétique d’Eli, le marcheur en question, qui a les traits burinés et vieillis de Denzel Washington, ne cherche pas à rejoindre le Sud et son soleil salvateur mais l’Ouest et ses symboles mythologiques. Car Le Livre d’Eli (titre à multiples entrées, selon que l’on adopte un point de vue profane ou sacré) est bourré de symboles et de tropes – que les spectateurs frileux pourront trouver excessivement ostensibles. Au-delà du paradigme purement biblique, autour duquel se construit la trame du récit, tout entière incarnée dans le Livre que porte le protagoniste, les frères Hughes se livrent à une relecture plutôt jouissive des grands mythes américains de la Frontière. En premier lieu celui de la conquête de l’Ouest, dont ils récupèrent, avec une sorte de plaisir enfantin, les codes westerniens : au tiers de l’histoire, Eli met les pieds dans une bourgade mal fréquentée qui ressemble à s’y méprendre à celles des films de Ford ou de Walsh, gérée d’une main de maître par un vieil homme acariâtre (Carnegie, incarné par Gary Oldman) ; lorsqu’il pénètre dans le bar de la cité, les conversations s’arrêtent et les têtes se tournent ; lorsqu’il prend un verre au comptoir – d’eau, cette denrée devenue si rare – les méchants viennent l’enquiquiner ; lorsqu’il tente de quitter ce lieu décadent, Eli est pris dans une impressionnante fusillade de rue.

En outre, au cœur de cet univers défraîchi et désespéré, c’est bien de (re)construire l’humanité qu’il s’agit. Une fois n’est pas coutume, le catastrophisme cinématographique adopte la thèse de la régression sociale : après l’apocalypse, ici à comprendre dans son sens le plus littéral de « révélation » (c’est une lumière vive qui a inondé le monde), l’Homme a descendu plusieurs barreaux de l’échelle du progrès pour en revenir au temps de la domestication de la nature. S’il possède toujours voitures, maisons et armes à feu, son environnement s’est pourtant radicalisé, l’obligeant à réactiver ses instincts profonds. Le chemin résolu vers l’Ouest d’Eli signale ce besoin qu’à l’humanité de perpétuellement rejouer les mêmes enjeux historiques, spécifiquement, ici, ceux de l’évolution sociétale : s’il existe encore un passage allant de l’Est à l’Ouest, si l’on peut reproduire le trajet des anciens cowboys (truands et cannibales jouant ici le rôle des autochtones défendant leur territoire), c’est que l’Homme peut tout aussi bien rejoindre l’ère du progrès. Reste à savoir si, face aux dérives de la technologie, il restera toujours aveugle comme ces damnés (les survivants portent des lunettes de soleil pour se protéger de la vive lumière) ou s’il « verra » comme « voit » Eli.

L’échelle herméneutique se déploie donc ici de tout son long, mais reste une interrogation : faut-il en tirer un sens profond – œcuménique, théologique, mythologique – en regard de l’Amérique actuelle, auquel cas l’on pourra se demander si le prosélytisme du film ne joue pas en sa défaveur, ou les réalisateurs ne cherchent-ils qu’à flatter l’égo de l’analyste forcené, désireux d’extraire de toute image, de tout dialogue un symbole artificiel ? Le débat est ouvert, via un double questionnement parfaitement illustré par l’un des plans terminaux du film, qui voit le livre mystérieux rejoindre une étagère déjà comble : tout comme ce dernier, on considérera, à l’envi, que Le Livre d’Eli trouve sa place précisément où il manquait, ou qu’au contraire il ne fait qu’alourdir une bibliothèque déjà trop pleine de ses semblables.

Eric Nuevo

> Film sorti en salles le 20 janvier 2010

> Lire aussi notre chronique de La Route sur ce blog, et notre dossier « films de survivants » dans VERSUS n° 12, en vente sur le site.



Le Livre d’Eli – Bande-annonce VOSTFR





« Gainsbourg (vie héroïque) » de Joann Sfar

L’affiche du film porte la mention suivante : « Gainsbourg (vie héroïque), un conte de Joann Sfar ». « Conte » plutôt que « film » donc. Le détail tient finalement plus de l’anecdote que du caprice d’auteur, surtout que Sfar, dessinateur de renom, réalise là son premier long-métrage (avant de sortir en juin l’adaptation animée des cinq tomes du Chat du rabbin), et qu’il semble avoir reçu l’entière confiance de ses producteurs et d’Universal. Mais ce film est bien un conte, celui d’un enfant plus intelligent que la moyenne qui va devenir l’une des figures artistiques les plus reconnues du vingtième siècle. Lucien Ginzburg, enfant juif parisien obligé de fuir l’occupation, sera donc rebaptisé Serge Gainsbourg par les Frères Jacques, célèbres chansonniers de l’après-guerre, hébergé un temps chez Boris Vian (interprété par le chanteur Katerine). Rappeler ces détails, c’est souligner comment le film de Sfar fonctionne, c’est-à-dire par accumulation de rencontres, de gueules, de tubes… Raconter Gainsbourg en privé, tel était donc l’objectif du réalisateur. Le faire au travers d’un défilé de stars peut alors paraître paradoxal, mais cela en dit long de la complexe personnalité d’un personnage dont les apparitions publiques de plus en plus récurrentes en fin de vie masquaient mal un mal-être intérieur et irrémédiablement profond. Où comment un homme entouré du gratin médiatico-culturel peut se retrouver bien plus seul et isolé qu’il n’y paraît.

Pour en revenir au film, très musical et soigné dans sa mise en scène, on retiendra en particulier les incursions oniriques et/ou psychologiques qui émanent du double du personnage, grand pantin articulé qui suit Gainsbourg à la trace tout en commentant tous ses faits et gestes. La première partie, sans doute la plus osée, revient sur la façon dont le mythe se construit peu à peu, déchiré entre ses aspirations de peintre, et la musique qu’il ne considère alors que comme un gagne-pain. Puis vient une heure que rien ne peut arrêter, une heure de film qui avance au gré de la discographie de Gainsbourg, et des rencontres qu’il fait : Boris Vian, Juliette Greco, France Gall, Brigitte Bardot, Jane Birkin, Bambou… Derrière chaque rencontre, il y a une chanson ou presque (La Javanaise avec Greco, Bonnie and Clyde avec Bardot etc.), née lors d’une nuit blanche, ou au détour d’un échange. Gainsbourg (vie héroïque) contentera certainement les fans de Serge, qui mettront enfin des images sur les tournants décisifs de la carrière de leur idole. La chose leur sera d’autant plus facile qu’il est impossible de ne pas être bluffé par les performances des comédiens, Eric Elmosnino en tête dans le rôle titre, ou encore Laetitia Casta dans celui de Bardot.

Reste ce sentiment amer de voir le film défiler mécaniquement, au gré de cet enchaînement de personnages qui forment certes au final une grandiose galerie, mais qui en dit trop peu sur Gainsbourg lui-même. La fin de vie de l’artiste est résumée rapidement entre sa déchéance paternelle et la reprise reggae de La Marseillaise, avec toutes les réactions scandalisées qu’elle a entraînées. Sfar, obligé de faire des coupes dans la vie du chanteur, s’autorise en ouverture du générique de fin, un panneau où il exprime son ambition d’avoir voulu éclairer les parts d’ombre de la vie de Gainsbourg… Si cela ne se voit pas vraiment à l’écran, on ne peut néanmoins pas dire que son film ne constitue pas un vibrant hommage à l’un des derniers monstres sacrés de la culture française. Gainsbourg (vie héroïque) repose toutefois la question du biopic à la française, incapable de s’affranchir de la biographie pour décoller vers un genre cinématographique pur. Si bien que le film de Sfar est finalement plus proche de La Môme que des Mesrine de Richet, qui avait au moins eu le mérite de tirer son diptyque vers le polar. Dépasser le mythe pour en offrir davantage aux spectateurs, telle devrait être l’ambition de ceux qui se lancent dans les biographies filmées…

Julien Hairault

> Sortie en salles le 20 janvier 2010

> Lire aussi notre dossier spécial « biopics » dans VERSUS n° 5 (épuisé mais disponible en PDF sur le site).







« Complices » de Frédéric Mermoud

Complices est un premier film généreux, un polar rude dont les premiers plans donnent le ton d’une histoire très noire, qui nous plonge dans un univers réaliste, à la fois poétique et glauque. À Lyon, on repêche dans le Rhône le corps d’un jeune homme qui gagnait sa vie en se prostituant, et qui venait de tomber sous le charme de Rebecca, une lycéenne qui depuis quelques jours ne donne plus de nouvelles. Chargés de l’enquête, deux flics (Gilbert Melki et Emmanuelle Devos) remontent les derniers jours de ces jeunes amants plongés au coeur de la prostitution adolescente, et animés de l’insouciance caractéristique de leur âge. Complices est un polar, un film noir dont l’image initiale (ce corps abîmé trouvé dans le fleuve) interpelle d’entrée le spectateur, lui faisant comprendre la tonalité du métrage, et le sordide de ce qui va suivre. Comment et pourquoi ce garçon en est-il arrivé là ? Sur le mode certes éculé mais toujours efficace du whodunit, le cinéaste franco-suisse Frédéric Mermoud démarre alors une intrigue solide, divisée en deux parties qui se répondent (à la façon du feuilleton américain Cold Case) : la liaison entre les deux jeunes amants (de leur rencontre à la tragédie finale), et l’enquête des deux inspecteurs avec ce que leur triste vie privée comporte (morne vie sentimentale dopée à Meetic, la dépression qui guette…).

Les complices du titre, ce ne sont pas uniquement ces deux adolescents qui partagent tout durant le peu de temps que durera leur idylle entre leur coup de foudre dans un cyber-café et la mort du garçon. Unis dans l’amour et la passion, ils partageront joies et galères, jusqu’à mettre irrémédiablement leur vie en danger en décidant de faire chanter un de leurs clients. La complicité, elle se retrouve également chez les deux inspecteurs, qui plus que de simples collègues, sont des confidents l’un pour l’autre, et qui finalement, au cours d’un étonnant rebondissement, enfreignent à leur tour la loi. La relation entre ces deux personnages intrigue, nous laissant dans un premier temps craindre le pire (une liaison qui ne restera qu’heureusement platonique et amicale), avant de s’effacer petit à petit derrière le destin tragique des ados.

Il faut reconnaître que Frédéric Mermoud sait comme peu de cinéastes français filmer les corps adolescents, et plus généralement ces jeunes adultes qui errent dans la vie à la recherche d’un but, d’un être à aimer… Les jeunes comédiens Nina Meurisse et Cyril Descours sont pour beaucoup dans la réussite d’un film où chaque personnage semble se chercher, mal en point au sein de son couple, tenté par l’adultère et les expériences déviantes (les plans à trois avec un couple d’ados pour ce chirurgien-dentiste réputé par exemple). Le vide semble être le meilleur compagnon de l’espèce humaine, et l’errance son remède. La société que filme Mermoud va mal, et l’on peut regretter l’absence de personnages sains. Tous les ados semblent avoir des parents séparés, et ces derniers ont tendance à s’éloigner d’eux (ici une mère hôtesse de l’air, là un mari à l’étranger pour affaires), se dédouanant ainsi de l’éducation de leurs progénitures. C’est d’ailleurs toute la lourde et secrète charge qui pèse sur les épaules du flic joué par Gilbert Melki, qui raconte avoir abandonné sa compagne alors enceinte de lui vingt ans plus tôt, et qui compte bien refaire sa paternité en couvant la jeune Rebecca à la fin du drame qu’elle vient de traverser. Rendue systématique, cette obsession pour le cinéaste de faire et défaire les couples, accouche d’un puzzle dont les pièces s’éparpillent trop vite. Ainsi lors du final, parallèlement à l’enquête policière qui livre ses conclusions un peu rapides, Complices s’entête à combler les vides sentimentaux de ses personnages, à la recherche d’un happy end certes très émouvant (jolie séquence finale), mais quelque peu grossier. C’est là le principal défaut du métrage, qui ne met en scène que des personnages ayant un rôle à jouer dans l’intrigue (ou alors qui soulignent le caractère sombre de celle-ci), de près ou de loin, et qui offrent rarement la possibilité de respirer, de s’évader.

On se rattachera alors au réalisme brutal de cette histoire très sombre et crue, qui n’hésite pas à montrer frontalement la nudité des corps, et la violence qui s’en échappe. En prenant le risque de mettre mal à l’aise les spectateurs à travers de nombreuses scènes de prostitution qui mêlent ces adolescents à la recherche d’argent facile, et ces adultes en pleine détresse, Frédéric Mermoud propose des images nouvelles pour un cinéma français qui nous habitue peu à ce genre de procédé, surtout que celui-ci est souvent répété pour bien marquer les esprits. Aucune faute de goût ne vient tâcher ce portrait sensible d’adolescents à la dérive. La justesse de ton de l’ensemble est d’autant plus remarquable qu’elle s’accorde à un sujet délicat que Mermoud exploite sans pincettes ni voyeurisme. C’est cette sincérité dans le propos et dans la mise en scène qui sauve Complices de quelques erreurs de débutant (et notamment la résolution un peu lourde en symboles de l’enquête), et qui le démarque des enquêtes policières des séries et téléfilms du petit écran.

Julien Hairault

> Sortie en salles le 20 janvier 2010







Des hauts et des bas pour l’année-ciné 2009

Des hauts et des bas

Alors que le versusien en chef déplorera pour la deuxième année consécutive une mutinerie au sein de ses troupes (après Redacted l’an passé, c’est cette fois Jusqu’en enfer qui se retrouve loin du podium, et ce, malgré le fayotage de Fabien Le Duigou), Hendy Bicaise rappelle lui que deux des grands vainqueurs de l’année, Clint Eastwood et Quentin Tarantino, « ont survolé l’année de cinéma avec une aisance dingue, et [qu']ils savent juste exactement ce que les spectateurs (français, surtout), aiment ! » Si le premier est depuis longtemps déifié au sein de la rédaction, le second est en passe de l’être, suivi de près par les « jeunes » David Fincher et Darren Aronofsky, qui font plus que jamais l’unanimité autour d’eux. Anciennement mariés, Kathryn Bigelow et James Cameron (étonnant d’ailleurs de voir les mensuels cinéma balancer leur bilan de fin d’année sans même d’avoir vu ce film-monstre qu’est Avatar !?) sont présents également, dans un ménage à trois avec Danny Boyle, couvant une nouvelle génération de cinéastes qu’il nous faudra surveiller de très près à l’avenir, avec entre autres Tomas Alfredson, Neill Blomkamp et Tom Tykwer (L’Enquête échouant de justesse aux portes de ce classement, de nouveau au grand désespoir du rédac’ chef !).

Côté flops : des séries en roue libre plus fades les unes que les autres : Vendredi 13, Transformers, Twilight, The Descent, Ong-Bak ; et des tâcherons ou pseudo-auteurs-racoleurs que plus rien n’arrête : David Morley, Jaime Rosales, Ulrich Seidl, le duo Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin, Jean-Paul Lilienfeld, Chris Nahon, Stephen Sommers, Alex Proyas, Hannelore Cayre, Ruben Östlund, Charles Nemes, Jean-Pierre Jeunet, Tony Ja ; quand à l’avenir vous lirez ces noms sur une affiche, vous aurez le droit d’y réfléchir à deux fois avant de donner votre argent à « ces artisans de la merde sur grand écran » (dixit Stéphane Ledien). Enfin mention spéciale à Steven Soderbergh, roi des montagnes russes, capable du plus anecdotique et futile avec Girlfriend Experience, du biopic à rallonge avec Che, et d’une comédie intelligente (The Informant!), le tout dans la même année !

TOP 10 DE LA RÉDACTION

1. Gran Torino
2. Inglourious Basterds
3. The Wrestler
4. L’Étrange histoire de Benjamin Button
5. Avatar
6. Morse
7. Jusqu’en enfer
8. Démineurs
9. District 9
10. Slumdog Millionaire

FLOP 10 DE LA RÉDACTION

1. Mutants [David Morley]
2. Un Tir dans la tête [Jaime Rosales]
3. Import Export [Ulrich Seidl]
4. Vendredi 13 [Marcus Nispel]
5. Transformers 2 : La Revanche [Michael Bay]
6. Humains [Jacques-Olivier Molon & Pierre-Jérôme Thévenin]
7. Terminator Renaissance [McG]
8. Watchmen [Zack Snyder]
9. La Journée de la jupe [Jean-Paul Lilienfeld]
10. Twilight – Chapitre 1 : Fascination [Catherine Hardwicke] & Twilight – Chapitre 2 : Tentation [Chris Weitz]

Classement recueilli et calculs établis et présentés par Julien Hairault



Meilleur film de l’année 2009 pour la Rédaction : Gran Torino de Clint Eastwood


> Lire aussi VERSUS n° 5 (totale Tarantino) et VERSUS n° 7 (totale Eastwood)



Tops & Flops des rédacteurs

Hendy Bicaise

TOP 10
1. The Wrestler
2. Synecdoche, New York
3. Tokyo Sonata
4. L’Étrange histoire de Benjamin Button
5. 24 City
6. Kinatay
7. The Box
8. Accident
9. Avatar
10. Les Beaux Gosses

Et ce fut plus dur que jamais de n’en mettre que 10… donc je n’hésite pas à offrir mes nombreuses mentions spéciales aux chers suivants :
La Route, Tetro, Little New York, Le Ruban Blanc, Tellement proches, This is it, Watchmen, Coraline, Là-Haut, Fish Tank, Vengeance, Morse, Les Derniers jours du monde, Les Trois Royaumes, Funny People, La Dernière maison sur la gauche

FLOP 10
1. Vendredi 13 [Marcus Nispel]
2. De l’autre côté du lit [Pascale Pouzadoux]
3. Smart People [Noam Murro]
4. Hannah Montana, le film [Peter Chelsom]
5. Safari [Olivier Baroux]
6. Le Missionnaire[Roger Delattre]
7. Thirst [Park Chan-wook]
8. Coco [Gad Elmaleh]
9. Les Herbes folles [Alain Resnais]
10. La journée de la jupe [Jean-Paul Lilienfeld]

Mention spéciale grand foutage de gueule même si pas vu en entier… :
Un Tir dans la tête de Jaime Rosales


Julien Hairault

TOP 10
1. Morse
2. Inglourious Basterds
3. The Wrestler
4. Avatar
5. Gran Torino
6. Vincere
7. Still Walking
8. Harvey Milk
9. District 9
10. Jusqu’en enfer

FLOP 5
Le podium pour trois films français bien honteux :
1. La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld
2. Commis d’office de Hannelore Cayre
3. Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet
Et les deux caprices cannois que furent les blagues…
4. …Antichrist de Lars Von Trier
5. …et Vengeance de Johnnie To


Stéphane Ledien

TOP 10
1. Jusqu’en enfer
2. L’Enquête
3. Gran Torino
4. Démineurs
5. Inglourious Basterds
6. Une Affaire d’État
7. District 9
8. Morse
9. La Dernière Maison sur la gauche [Dennis Iliadis]
10. ex-æquo : Jerichow [Christian Petzold] & Les Beaux Gosses

Mentions spéciales :
Violent Days de Lucile Chaufour
Winnipeg mon amour de Guy Maddin

Film inédit qui ne sortira jamais mais qui mériterait de :
War, Inc. de Joshua Seftel [en couverture de VERSUS n° 17 !]

FLOP 10
1. Import Export [Ulrich Seidl]
2. Un Tir dans la tête [Jaime Rosales]
3. Girlfriend Experience [Steven "je suis un auteur, non ? non ?" Soderbergh]
4. Terminator Renaissance [McG]
5. Transformers 2 : La Revanche [Michael Bay]
6. Dragonball Evolution [James Wong]
7. Los Bastardos [Amat Escalante]
8. Lino [Jean-Louis Milesi]
9. Vendredi 13 [Marcus Nispel]
10. Mutants [David Morley]

Mention spéciale grand foutage de gueule :
Un Tir dans la tête de Jaime Rosales (doublé gagnant !)


Fabien Le Duigou

TOP 10
1. Jusqu’en enfer
2. L’Étrange histoire de Benjamin Button
3. Gran Torino
4. Morse
5. Slumdog Millionaire
6. La Route
7. Inglourious Basterds
8. L’Enquête
9. Une Affaire d’État
10. Un Prophète

Mentions spéciales à…
Coraline, aussi beau que le livre dont il est adapté.
Hunger que je n’avais pas vu en 2008.
Et Bronson qui m’a étonné.
Je n’ai vu ni Avatar, ni Démineurs, ni The Box. Peut-être certaines de mes mentions spéciales de 2010, quand je les aurai visionnés !

FLOP 10
1. Un Tir dans la tête [Jaime Rosales]
2. Import Export [Ulrich Seidl]
3. Happy Sweden[Ruben Östlund]
4. Le Séminaire [Charles Nemes]
5. Ong-Bak 2, la naissance du dragon [Tony Jaa]
6. Vacances à la grecque [Donald Petrie]
7. Twilight – Chapitre 1 : Fascination [Catherine Hardwicke]
8. Harry Potter et le Prince de sang mêlé [David Yates]
9. 12 Rounds [Renny Harlin]
10. 2012 [Roland Emmerich]

Mention spéciale « mauvais films dont je ne me souviens même pas (ou presque) » :
Girlfriend Experience & Vendredi 13


Eric Nuevo

TOP 10
1. L’Étrange histoire de Benjamin Button
2. The Wrestler
3. Inglourious Basterds
4. Gran Torino
5. Étreintes brisées
6. Avatar
7. Démineurs
8. Un Prophète
9. Sin Nombre
10. District 9

Mentions spéciales :
Star Trek
Ponyo sur la Falaise
Coraline
Tetro

FLOP 5
1. Humains [Jacques-Olivier Molon & Pierre-Olivier Thévenin]
2. Prédictions [Alex Proyas]
3. Mutants [David Morley]
2. Vendredi 13 [Marcus Nispel]
3. The Descent : Part 2 [Jon Harris]


Julien Taillard

TOP 10
1. Gran Torino
2. Là-Haut
3. Slumdog Millionaire
4. The Chaser [Hong-jin Na]
5. Star Trek
1. District 9
2. Welcome
3. Avatar
4. Inglourious Basterds
5. 2012

FLOP 10
1. Transformers 2 : La Revanche [Michael Bay]
2. G.I. Joe – Le Réveil du Cobra [Stephen "je ne fais plus que de la merde et j'aime ça !" Sommers]
3. Watchmen [Zack Snyder]
4. Terminator Renaissance [McG]
5. Mutants [David Morley]
6. Humains [Molon & Thévenin]
7. Les Cavaliers de l’Apocalypse [Jonas Akerlund]
8. Vendredi 13 [Marcus Nispel]
9. Saw VI [Kevin Greutert]
10. Prédictions [Alex Proyas]


Nicolas Zugasti

TOP 10
1. Inglourious Basterds
2. Démineurs
3. Avatar
4. Gran Torino
5. Les Trois Royaumes
6. District 9
7. Ponyo sur la Falaise
8. Ex-æquo : Là-Haut & La Tour Au-Delà des Nuages [Makoto Shinkai, inédit DVD]
9. Morse
10. Ex-æquo : Un Prophète & Une Affaire d’État

J’aurais aimé pouvoir les inclure : Public Enemies de Michael Mann, Vengeance de Johnnie To, Bronson de Nicolas Winding Refn, United Red Army de Kôji Wakamatsu, Jusqu’en enfer de Sam Raimi, Funny People de Judd Apatow, The Box de Richard Kelly, Max et les Maximonstres de Spike Jonze

FLOP 10
1. Humains [Molon & Thévenin]
2. Transformers 2 : La Revanche [Michael Bay]
3. Le Petit Nicolas [Laurent Tirard]
4. Watchmen [Zack Snyder]
5. X-Men Origins : Wolverine [Gavin Hood]
6. Twilight – Chapitre 1 : Fascination [Catherine Hardwicke]
7. The Descent : Part 2 [Jon Harris]
8. Mutants [David Morley]
9. Blood : The Last Vampire [Chris Nahon]
10. Twilight – Chapitre 2 : Tentation [Chris Weitz]



Tops & Flops des contributeurs (à suivre)

Laurent Dauré

TOP 5
1. Boy A
2. Let’s Make Money
3. Silver City
4. Mary et Max
5. Choron, dernière


Philippe Sartorelli

TOP 10
1. Avatar
2. L’Étrange Histoire de Benjamin Button
3. Public Enemies
4. Là-Haut
5. Star Trek
6. Jusqu’en enfer
7. Gran Torino
8. Démineurs
9. The Box
10. Watchmen

FLOP 10
1. Coco [Gad Elmaleh]
2. King Guillaume [Pierre-François Martin-Laval - il faudrait que les comiques français cessent de faire du cinéma une bonne fois pour toutes]
3. Dragonball Evolution [James Wong]
4. Paranormal Activity [Oren Peli]
5. G.I. Joe – Le Réveil du Cobra [Stephen Sommers]
6. Fast & Furious 4 [Justin Lin]
7. Fame – Le Film [version 2009 - Kevin Tancharoen]
8. Saw VI [Kevin Greutert]
9. [REC] 2 [Paco Plaza & Jaume Balagueró]
10. X-Men Origins : Wolverine [Gavin Hood ; très attendu et grosse déception à l'arrivée]