Classé dans : L'ALTERNATIVE | Mots-clefs: kiosques, presse ciné, cinéma, Scarface, Tony Montana, ennemis publics n° 1, Public Enemies, Dillinger, Terminator, machines, Mesrine, critique, gangster, grand banditisme, Christian Bale, Johnny Depp, revue, Al Pacino
À l’occasion de la sortie de Public Enemies de Michael Mann, VERSUS n° 16 consacre sa couverture aux figures réelles et fictives du grand banditisme à l’écran.
En dernière de couverture : Terminator Renaissance et toute la mythologie des rapports hommes / machines dans le cinéma fantastique.

60 pages – couvertures couleur – 4,00 €
Dès à présent disponible à la vente sur le site de la revue
Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Mots-clefs: star trek, trekkie, gene roddenberry, j.j. abrams, saga, série, kirk, spock, sulu, tchekov

J.J. Abrams se serait-il reconverti en sauveur de franchises? On pourrait le croire, après qu’il ait profondément modifié l’impact des séries télévisées « à l’américaine » avec « Lost » et « Alias », avant de reprendre à son compte la série des « Mission : Impossible » au cinéma. Son travail sur « Star Trek » procède du même syncrétisme : goût pour le matériau d’origine, double ambition narrative et esthétique, ainsi qu’une habile façon de jongler entre l’attente d’une tripotée de fans prêts à manifester leur mécontentement si l’on écorche le moindre nom de petite souris et cette part non négligeable du public qui aura surtout le souci de voir un bon film sans avoir à consulter au préalable d’Encyclopedia Universalis Trekkie. Pour répondre à cet impératif, il faut au créateur une savante dose de cohérence et de respect, un courage de tous les diables et, condition sine qua none, une très, très bonne idée de départ. Cette idée fut formulée par Abrams lui-même aux premiers temps du projet : « Il y a eu dix longs-métrages [tirés de « Star Trek »], mais c’est la première fois qu’un film aborde les origines de l’histoire que Gene Roddenberry a créée en 1966 ».
Abrams choisit donc de revenir en arrière pour relater la genèse d’une histoire que tout le monde (ou presque) connaît par coeur, celle des membres d’équipage du vaisseau d’exploration spatiale le plus connu du Cosmos cinématographique, l’U.S.S. Enterprise, exercice qui consiste à relier entre eux les points épars d’une mythologie déjà bien établie. Ce projet rappelle forcément celui, raté, de George Lucas avec la première trilogie « Star Wars ». Et si la comparaison n’est sans doute pas légitime, Abrams n’étant pas Gene Roddenberry, l’histoire des images n’est autre chose qu’un immense puzzle dont les pièces éparpillées parviennent parfois à trouver leur place et il est évident que celles de « Star Trek », sous l’égide du cinéaste surdoué, se sont agréablement emboîtées. Certes, la figure ainsi obtenue n’est pas exempte de défauts; mais personne, depuis Robert Wise et le métaphysique premier « Star Trek », n’était parvenu à recréer un tel exploit, pas même le comédien-réalisateur-scénariste Leonard Nimoy, infatigable Spock de la série originale, qui reprit le flambeau à plusieurs reprises pour signer quelques épisodes de la saga sur grand écran (parmi les moins ratés), et qui revient ici en guise d’hommage.

Il y a, indéniablement, un plaisir de cinéphile et de téléphage à retrouver, sur grand écran, des héros devenus légendaires. Les noms de James T. Kirk, Spock, Sulu, McCoy résonnent aux oreilles d’une génération d’amateurs comme les cloches dominicales à celles des fidèles, signe que la messe sera bientôt dite. Totalement dépendant de sa propre genèse cinéphile, un tel film est d’abord un appel puissant, un phare à la lumière particulièrement attirante pour les amateurs du modèle original ou, plus généralement, de science-fiction. Ce n’est qu’après coup qu’on le rend à sa dimension de création cinématographique, avec tout ce que cela implique de questionnements sur les personnages, le scénario, le contexte, le sens. Le sens? N’est-il pas toujours le même depuis des décennies? C’est à croire que l’humanité ne change pas, et que nous aurons à jamais des désirs identiques : explorer l’espace intersidéral, croiser la route de formes de vie inédites et passionnantes, s’aventurer au-delà de l’imagination. Un rêve d’enfant (pour le critique, pour le fan) et d’enfants (pour tous les êtres humains). Assister au décollage de l’Enterprise, devenir le témoin des actes courageux d’un équipage hétéroclite, craindre l’apparition attendue d’une race extraterrestre belliqueuse et sans scrupules… Tout cela suffirait presque à donner à « Star Trek » sa justification complète. Mais le film possède d’autres qualités.

L’essentiel du pari, dans un film comme celui-ci, réside dans la capacité des créateurs et des techniciens à représenter un univers crédible et potentiellement réaliste, au coeur duquel les savoureux délires technologiques (machineries spatiales démesurées, distorsions de l’espace-temps, téléportations) et linguistiques (« Armez les phasers » ou « Passez en vitesse de distorsion » font désormais partie intégrante du langage populaire) ne rentrent pas en contradiction avec l’établissement d’un contexte identifiable, qui se manifeste par des planètes, des constructions et des formes de vie immédiatement acceptables, et avec l’évolution de protagonistes, humains ou non, avec lesquels le spectateur doit faire corps. En d’autres termes, il doit exister une parfaite adéquation entre l’esthétique futuriste, très éloignée de nos préoccupations, et des enjeux reconnaissables, qui nous offrent d’éprouver danger et joie. Peu importe donc que Spock ait des oreilles pointues, du moment que le personnage parvient à exister physiquement pour le film et pour nous. En cela, le pari est parfaitement réussi, notamment grâce aux séquences d’ouverture qui imposent les personnages dès leur jeune âge, et installent le parallélisme entre un Kirk inexpérimenté et son futur capitaine en second, l’inexpressif vulcain Spock.

Abrams use de tous les artifices d’une mise en scène chiadée et parfaitement maîtrisée. On retrouve ici les tics visuels de « Mission : Impossible 3 », particulièrement dans l’utilisation très physique des jeux de lumière et dans des cadrages qui s’efforcent de rendre les corps et objets palpables. Un soin singulier a été apporté aux décors, à l’architecture, au design des vaisseaux spatiaux, aux costumes. Le tout au service d’un scénario sibyllin à souhait, explorant le thème consacré de la multitude des couches d’espace et de temps (thème cher à la série « Star Trek »), perclus d’incohérences narratives parfois grossières mais peu gênantes ; d’autant qu’Abrams sait parfaitement se faire excuser ces quelques facilités en proposant des guest stars savoureuses (dont Eric Bana, méconnaissable en méchant Romulien) et en multipliant les clins d’œil à la série originale. Et quand le générique de fin apparaît, illustré par les notes emblématiques de la partition de l’époque, on ne peut s’empêcher d’afficher un large sourire béat d’admiration. Plus qu’un grand film, « Star Trek » est d’abord une réussite de cœur. Et aucun défaut ne peut rivaliser avec cela.
Eric Nuevo
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: 3D, Bloody Valentine, cœur, Harmony, Harry Warden, horreur, meurtres, mine, mineurs, Patrick Lussier, pioche, remake, slasher, St-Valentin

La Saint-Valentin n’est déjà plus qu’un lointain souvenir (dommage pour la coïncidence “événementielle” de sortie en salles), et le procédé 3D n’est pas vraiment nouveau en cette funeste année de réexploitation d’un concept toujours aussi sympathique, mais toujours aussi peu optimisé. C’est dire si le film de Patrick Lussier débarque avec quelque sérieux handicap, surtout qu’au jeu du relief qui frappe et flatte l’œil, Volt et Monstres contre Aliens ont déjà ratissé large et créé la vraie-fausse surprise visuelle du moment. À quand une écriture spécifique, entièrement vouée au medium que représente l’effet 3D à lui tout seul ? Une écriture et une réalisation qui, ainsi, ne se contenteraient pas seulement de situations facilitant l’accroche du regard, et sachant jouer autrement qu’avec un impact et une immersion graphiques démultipliés.
La question mérite d’être posée et maintenant que la mode 3D semble se réaffirmer pour toutes les productions de genre à venir ces prochains mois (on parle même de scènes filmées / projetées avec ce rendu pour le 4ème volet de Spider-Man en 2011), il serait temps de passer à l’étape de création supérieure. C’est-à-dire sortir du gadget filmique (qui n’a rien d’un détail pour le spectateur question prix du billet !) et accoucher d’une cinématographie repensée dans ses hauteurs aussi émotionnelles qu’esthétiques et narratives.

Surfant sur une autre tendance (le remake), le film de Lussier revisite un slasher à succès des années 80 (Meurtres à la St-Valentin, donc), aux grandes lignes horrifiques identiques bien sûr et focalisées sur les dézinguages en série et à coups de pioche que commet le mineur dégénéré Harry Warden dans la petite ville d’Harmony. Histoire archi-rebattue : il y a 10 ans, un accident dans la mine du coin causa la mort de quelques ouvriers et le seul rescapé de la bande, Warden, sombra dans le coma avant d’en sortir pris de folie 12 mois plus tard, le jour de la fête des amoureux, pour commettre un massacre dans l’hôpital et ses environs. Warden fut finalement abattu par la police mais aujourd’hui, alors que le “technicien” fautif du drame Tom Hanniger (héritier de l’entreprise minière) revient à Harmony après une décennie d’absence, les meurtres reprennent très exactement le jour de la Saint-Valentin. Tout un festival de cœurs arrachés, de crânes ou de mâchoires fracassés et d’autres démonstrations gore sur lesquelles Lussier et son équipe de maquilleurs ne lésinent pas.

Adoptant dans ses traitements (intrigue, filmage, caractérisation) une esthétique eighties rehaussée d’images plus outrancières et réalistes que l’original dans ses visions du massacre à coups de pioche (de ce point de vue, le film se montre généreux dès l’ouverture), le réalisateur s’adonne au divertissement d’horreur très premier degré et référentiel (Tom Atkins, un habitué des Carpenter et des séries B roboratives de cette “grande époque”, y cabotine pour notre plus grand plaisir). Caricatures des personnages (la bimbo déambulant à poil sur le parking du motel, le shérif jeune, beauf mais loyal, les flics à la retraite burinés et reprenant du service le flingue à la main – tremblante, quand même, la main -, le boyfriend ténébreux sur le retour, les autochtones, tous camionneurs ou ouvriers, qui carburent à la bière…), élimination prévisible des plus pénibles, faux suspense quant à l’identité du tueur (même si, l’espace d’un troublant instant aux trois quarts du métrage, le doute s’installe, malsain – très fort !)… : comme dans tout slasher de cet acabit (production rapide, rentabilité immédiate, oubli critique définitif), l’accent est mis sur la brutalité du tueur masqué. Masque alibi quant au mystère identitaire du cinglé à la pioche (encore que la perception du “je” soit au cœur de la révélation) mais dont l’effet “frayeur” fonctionne avec efficacité, l’idée étant, comme dans tout film de psychokiller qui se respecte, de faire monter la pression d’une mort orchestrée avec cruauté par un meurtrier sans visage – donc forcément plus inquiétant. La recette n’a rien de nouveau ni de plus savoureux que les films du genre de l’année d’avant ou de ceux à venir, mais l’intérêt réside dans la débauche graphique des dégâts causés par la pioche violemment plantée ici et là. De ce point de vue, Lussier fait son travail et offre au spectateur ce qu’il est venu voir (mais bon, ça ne suffit pas à faire un bon film, ni même un film ambitieux). Soit, de l’horreur facile, ludique car exagérée, auréolée de nostalgie des années soixante-dix et quatre-vingt, casting et rebondissements compris. Mais, et la 3D ? Elle sert ici quelques plans bien vus et qui nous font sursauter, lorsqu’une bimbo (l’exhibitionniste évoquée plus haut, oui) lance un pistolet au visage de son amant par exemple, ou quand le tueur laisse sa pioche s’abattre sur le crâne de ses malheureuses victimes. Dans ces cas-là, le face-à-face entre un protagoniste aux mauvaises intentions et un personnage/victime qu’interprète la caméra trouve sa légitimité dans le rendu adopté ; bonne idée d’un “objectif subjectif” forcément martyrisé mais qui n’est pas spécialement l’apanage du relief. Quand bien même, on touche ici la limite d’une mise en scène dont les coups d’éclat, au-delà d’un vague étalage gore, se résument à une prise à partie de la caméra, tour à tour braquée par un fusil, “transpercée” dirait-on par une arme ou la pioche du supposé Warden, soufflée par une explosion, etc. Autant d’images jaillissant “hors de l’écran” pour nous prendre à la gorge (enfin à l’œil, plutôt) l’espace d’un instant, mais qui n’ébranlent jamais réellement notre position de spectateur et les perceptions narratives qui y sont liées. Quoique l’effet, comme le rendu de certains décors d’ailleurs qui s’impriment par strates sur notre rétine amusée et/ou troublée (ceci dit l’œil fatigue vite ou finit par s’habituer), soit marquant une première fois et même étonnant, l’expérience sensorielle ne va pas assez loin pour l’époque que nous vivons, surtout à l’heure d’une interactivité chaque jour plus forte ailleurs qu’en salles de cinéma. C’est qu’hélas, les situations semblent ici pensées pour un filmage traditionnel sauf dans leur climax meurtrier, quelques secondes d’explosion du regard et des codes dans un enchaînement d’images elles beaucoup plus conventionnelles.

Pas désagréable mais sans intelligence du genre, un tantinet troublant le temps d’un doute bien amené mais très caricatural et téléphoné dans l’ensemble, Meurtres à la St-valentin 3D reste vaguement divertissant à condition d’être le seul slasher visionné dans l’année (c’est dit, donc choisissez bien). S’il ouvre la voie à des exercices plus travaillés question “relief” et développés dans le cadre d’une écriture spécifique, son plaisir n’en sera que plus décuplé – car volontaire – a posteriori. S’il finit comme les tentatives avortées de révolution du spectacle horrifique dans les années 80 (Amityville 3D par exemple), sa diffusion en pan et scan en seconde partie de soirée sur TF1 ou M6 dans trois ans ne fera qu’en révéler la formalisation vaine ; formalisation à coup d’objets létaux qu’on agite frénétiquement devant la caméra, comme pour déclencher un dispositif alors tombé à plat.
Stéphane Ledien
> Sortie le 29 avril 2009
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: adolescents, Östlund, école, comédie dramatique, comportements en groupe, expérience, feu d'artifices, portrait, sexualité, société suédoise, Stockholm, Suède

« Soyez curieux !!! Il faut diversifier votre cinéphilie, et ne pas vous contenter de visionner en projos vos films ou genres de prédilection !!! »… Voilà en substance le discours de notre rédacteur-en-chef quand il nous transmet les invitations des attachés de presse… Et on en fait des efforts ! Mais pour quelques bonnes surprises comme Enfants de Don Quichotte – Acte I ou Mister Lonely, combien de trucs inregardables ou presque ??? Inutile de donner des titres de film, on en a déjà parlé ici-même. Et Happy Sweden fait malheureusement partie de cette deuxième catégorie, même s’il n’atteint pas les sommets d’Un Tir dans la tête…

Deuxième long métrage du suédois Ruben Östlund qui nous invite à suivre quelques tranches de vie de ses compatriotes… Des histoires entrecroisées sur des personnages sans lien entre eux, sinon la thématique générale du film, fascinante au demeurant : le comportement et la réaction de l’individu pris dans une dynamique de groupe. Passons rapidement sur le segment sur ces deux pétasses de 15 ans qui passent leur temps à allumer les mecs et picoler… Sans intérêt, sinon qu’elles nous énervent tellement que l’on apprécierait presque de retrouver les autres personnages. Soit un vieil homme qui se prend un feu d’artifice en pleine gueule mais refuse d’aller aux urgences, souhaitant faire bonne figure devant ses invités, et une bande de potes qui ont des penchants homosexuels quand ils sont bourrés, ce qui ne plaît guère à l’un d’entre eux quand ses amis l’attrapent et tentent de lui faire une fellation… Voilà pour les histoires les moins captivantes. Les deux dernières sont plus intéressantes : une institutrice qui voit un de ses collègues maltraiter un élève, et refuse que l’administration et l’équipe pédagogique ferment les yeux ; et une actrice qui, pendant un voyage en car, ne va pas assumer un de ses actes. Si dans la première histoire l’individualité parvient à s’extraire de l’opinion générale du groupe (ces professeurs qui font comme si rien ne s’était passé et parlent de futilités dans la salle des profs) et refuse donc un conformisme bien confortable, c’est au prix évidemment d’une marginalisation qui provoquera chez elle une certaine paranoïa : voir cette scène où elle reproche à un de ses collègues de ne pas la regarder lors d’une conversation à trois lors du déjeuner. L’actrice, quant à elle, refusera jusqu’au bout de perdre la face devant le groupe de voyageurs, en n’avouant pas son méfait (avoir cassé involontairement la tringle à rideaux dans les toilettes du car, ce qui a immobilisé ce dernier, le chauffeur refusant de reprendre la route avant que le coupable ne se soit désigné). Sa lâcheté et sa culpabilité apparaîtront au détour d’une scène et d’une ligne de dialogues, quand elle laissera quelqu’un s’accuser à sa place.
S’il ne fallait retenir qu’une scène d’Happy Sweden, il s’agirait sans doute de la première séquence de l’histoire à l’école, dans laquelle l’institutrice reproduit une fameuse expérience de psychologie sociale que tous ceux qui ont analysé les mouvements de foule et les phénomènes d’imitation sociale connaissent. On demande à un individu de dire quelle est, parmi un ensemble de figures géométriques, la plus grande. L’expérience commence quand l’individu en question se rend compte que les autres – complices de l’expérience – ne donnent jamais la même réponse que lui. Et inévitablement, il finira par adopter des réponses conformes à celles données par le groupe, plutôt que celles qu’il pense vraies.
Comment dès lors, avec une réflexion aussi intéressante, le réalisateur peut-il planter son film ??? Par son aspect formel, qui n’a définitivement rien à voir avec le travail de ses compatriotes, Tomas Alfredson et son fabuleux Morse en tête. Aucun souci de la « belle image » pour Östlund… Une photographie proche d’un téléfilm teuton des mauvais jours. Peut être un choix volontaire du metteur en scène, puisqu’il semble aussi par ce film vouloir heurter notre représentation un peu idyllique de son pays. C’est raté : jamais le spectateur n’est désorienté ou bousculé. Au mieux intrigué, mais c’est surtout l’ennui qui prime pendant la majeure partie du visionnage du métrage.

La mise en scène n’arrange rien : filmer de longs plans fixes, et alterner plans serrés sur des visages et plans moyens ou très larges… Des personnages absents du cadre même quand ils parlent, voire des personnages cadrés de dos… Rien de bien ambitieux au final… Heureusement qu’il y a des dialogues, sinon il nous refaisait Un tir dans la tête* !
Il serait quand même temps un jour que l’on s’interroge sur cette façon de faire du « cinéma », qui tend apparemment à faire régulièrement de nouveaux adeptes. Paresse des réalisateurs ? Méconnaissance des principes de la mise en scène et du langage cinématographique ? Auteurisme à la « mords-moi le nœud » ? Ou « phénomène de mode » dans les milieux arty du Septième art, alors même que le conformisme est précisément ce que dénonce Östlund ?
Le spectateur n’échappe pas non plus à une pseudo-irrévérence de bon teint : un discours « subversif » cachant souvent une rhétorique réactionnaire, mais ce n’est pas trop le cas chez Östlund. Ce dernier vire cependant quelquefois à la scatologie la plus déplacée. En témoigne cette scène où un des membres de la « bande de potes » fait mine de se mettre le bâton du drapeau suédois dans le cul (sic). Heureusement pour nous, le misérabilisme misanthrope et exécrable d’un Import-Export n’est jamais atteint, même si le réalisateur avoue dans le dossier de presse avoir été influencé par Ulrich Seidl. Ce qui a d’ailleurs freiné l’envie chez certains Versusiens d’aller voir son film, mais je ne donnerai pas de noms !
Se pose au final une question : fallait-il nécessairement choisir le format du long-métrage, sachant que seules deux histoires sur les cinq valaient réellement le coup d’être filmées ? Ou comment en étirant trop et inutilement sa réflexion, le réalisateur rompt le fil qui retient l’attention du spectateur. Et contribue donc sciemment à l’échec de son film…
Fabien Le Duigou
> Sortie le 29 avril 2009.
* Désolé d’être si obsédé par le film de Jaime Rosales, mais il m’a vraiment traumatisé, dans le mauvais sens du terme !
Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Mots-clefs: Adaptation cinématographique, Alan Moore, BD, Comédien, comic book, Dave Gibbons, Dr Manhattan, Etats-Unis, gardiens, Minutemen, Nixon, Rêve américain, Rorschach, Super-héros, Viet-Nam, Zack Snyder
De par son statut de film rêvé, attendu, maudit et déjà culte depuis plus de deux décennies maintenant, le Watchmen de Zack Snyder suscite bien des commentaires soit dithyrambiques, soit haineux, d’où aucun avis intermédiaire et un tant soit peu objectif (ou tout au moins suffisamment honnête et dénué de tout emportement affectif pour atteindre à une certaine vérité) ne semble émerger. Il devient du coup difficile de savoir ce qu’il advient réellement du film et non du « phénomène Watchmen » avant d’assister à sa projection, voire même après, car le spectateur lambda qui tente vainement de trouver son camp dans les deux attitudes décrites ci-dessus s’apercevra qu’il n’y parvient pas et se sentira bien seul ; Watchmen n’étant ni un excellent film (quoi qu’il puisse l’être parfois), ni un film raté (quoi qu’il puisse l’être parfois aussi), mais simplement un bon film. Et ce n’est déjà pas si mal.


Alfred Hitchcock aimait à dire que la plupart des films alors contemporains n’étaient pas du cinéma mais du théâtre photographié ou de la photographie animée parce qu’ils ignoraient les facteurs de l’émotion cinématographique et les lois de l’espace cinématographique. Aujourd’hui, il ajouterait probablement qu’en plus de ça, certains films ne sont que des bandes dessinées photographiées et/ou animées. Et avec Watchmen, Snyder (tout comme avant lui Robert Rodriguez sur Sin City) ne fait malheureusement rien de plus que ça, de la bande dessinée filmée, oubliant le plus souvent que l’intérêt de transposer un matériau d’un medium à un autre réside justement dans l’apport que le nouveau medium peut proposer. De ce fait, la phrase d’Hitchcock s’applique parfaitement au film de Snyder et en pointe admirablement bien ses plus gros défauts. Pourtant, lorsqu’il oublie de suivre le comic book d’Alan Moore et Dave Gibbons à la lettre ou plutôt à la case près, Snyder sait se montrer doué. Les scènes de combats sont ainsi parmi les plus lisibles que l’on ait pu voir récemment dans le cinéma américain. Le prologue est d’une efficacité redoutable dans l’effet de contrepoint offert par la juxtaposition de la douceur et du romantisme de la chanson de Nat King Cole, Unforgettable, sur la violence des images (même s’il convient de rappeler ici que l’idée est empruntée à John Woo et son génial Volte/Face). Il en est de même pour le générique de début qui allie le statisme de la case de bande dessinée au mouvement du plan cinématographique de façon brillante, ce dernier s’insinuant de façon presque imperceptible au sein d’images qui semblaient figées, leur donnant ainsi vie. Tout ceci aurait pu augurer d’un film suivant ces principes de mise en scène mais ce n’est malheureusement pas le cas. Snyder se contente au final de réduire ces idées initiales à des gimmicks qu’il va utiliser à outrance. Pratiquement chaque scène s’ouvre ou est montée sur une chanson ou un morceau de musique, et si parfois les choix peuvent se révéler pertinents car fonctionnant admirablement bien avec les images (comme la première scène donc, la rencontre entre deux des personnages principaux dans un restaurant sur les premières secondes du toujours excellent 99 Luftballons de Nena, la partie consacrée au Dr. Manhattan illustrée par la musique composée par Philip Glass pour le film Koyaanisqatsi), à d’autres moments cependant ils s’avèrent maladroits car trop faciles et trop référentiels à tout un pan du cinéma américain des années 60/70 pour ne pas détourner l’attention du spectateur du film (The Sound Of Silence de Simon & Garfunkel s’il peut fonctionner – de façon ironique – sur la scène de l’enterrement du Comédien n’en reste pas moins trop lié au Lauréat de Mike Nichols, Ride Of The Valkyries utilisée pour illustrer la scène du Viêt-Nam renvoie également trop à Apocalypse Now, même si dans ce cas-là on peut se douter que l’allusion est voulue et synonyme de sens). Et, au final, cet effet finit par plomber le film plus qu’il ne l’aide de par son côté déjà vu, voire même déjà entendu.


Quand à la réalisation elle-même donc, plutôt que de continuer là aussi à explorer la bonne idée du générique de début, Snyder reste trop fidèle au découpage de la bande dessinée et sombre dans la facilité en réduisant son utilisation du langage cinématographique à deux mouvements, le travelling avant et le travelling arrière, afin de nous faire entrer ou sortir de ces cases qu’il a si admirablement bien retranscrites à l’écran. Il faut bien avouer que de tout les comic books pouvant exister, Watchmen était bien celui qui semblait appeler à une adaptation cinématographique tant il s’apparentait dans sa construction à un storyboard, son découpage précis, élaboré, étudié, reprenant du cinéma certains de ses effets pour donner l’illusion de mouvement et de relation entre les différentes cases. Mais la bande dessinée ne saurait être du cinéma et inversement. De par sa nature, de par le fait, aussi, que l’œil humain puisse immédiatement appréhender une page voire une double page dans son intégralité, la bande dessinée exclut toute notion de hors-champ, et même de montage. Il n’y a rien entre et au-delà des cases, alors qu’il y a pléthore de « choses » entre et au-delà des plans au cinéma. Snyder semble avoir oublié ce détail important et son film n’existe donc pas en tant que film mais juste en tant que vignettes, saynètes (certaines plus efficaces que d’autres), filmées et collées (et non pas montées) côte à côte et qui échouent à construire un univers géographique et émotionnel cohérent.


Pour un film qui nous fait voyager jusque sur Mars, Snyder ne réussit jamais à s’échapper du cadre des vignettes dont il s’inspire, à les exploser et aller au-delà, et le tout donne un effet d’aplat, de théâtre filmé, de vide même qui finit par étouffer le spectateur. Le Viêt-Nam n’a jamais aussi peu ressemblé au Viêt-Nam et est abordé en quelques secondes. New York semble une ville quelconque et vide, sa grandeur et sa beauté n’étant jamais retranscrites à l’image. Qui plus est, Watchmen pourrait se dérouler à n’importe quelle époque tant Snyder peine à l’ancrer véritablement en 1985, un 1985 parallèle où les Etats-Unis auraient gagné la guerre du Viêt-Nam et où Richard Nixon serait toujours à la présidence (passant à côté de tout ce que cela peut impliquer comme résonances), l’acteur grossièrement grimé pour l’occasion en rajoutant pour achever de rendre les quelques scènes où il apparaît ridicules. Il aurait mieux valu pour Snyder de faire comme Ron Howard sur Frost/Nixon tout récemment et de miser sur le talent d’un grand comédien qui aurait tenté de recréer la ressemblance dans son jeu plutôt que de l’atteindre dans son apparence. Il en est d’ailleurs de même pour Carla Gugino, grimée de façon tout aussi risible. Ces quelques malheureux choix parmi tant d’autres (dont un changement dans la fin qui n’apporte rien de plus par rapport à celle écrite par Moore) semblent surprenants quand on voit le soin particulier que Snyder a porté à son casting, tout les gardiens sans exceptions étant presque les sosies des personnages de papier (la ressemblance en est même incroyable chez le Comédien et Rorschach). Quant à l’émotion, elle est inexistante. L’émotion est difficile à créer au sein d’un comic book et Watchmen, la BD, s’impose plus par ses qualités scénaristiques et formelles que par une quelconque émotion qu’il transmettrait. Le film, dans sa volonté de marcher sur ses traces de façon aussi précise, ne crée lui aussi aucune émotion réelle. Et l’on est plus touché au final par la mort de Rorschach que par celle de millions de personnes à travers le monde, que par le destin tragique de celui qui allait devenir le Dr. Manhattan ou que par la relation amoureuse teintée d’impuissance et de fétichisme du Hibou et du Spectre Soyeux. Snyder a oublié cette émotion cinématographique dont parlait Hitchcock et qui aurait dû imposer une réécriture du comic book original, un chamboulement dans la narration pour une meilleure implication émotionnelle avec les personnages, les traumas qu’ils véhiculent (et que Snyder ne fait que survoler), et rendre ainsi le climax plus passionnant mais surtout plus fort.
Watchmen n’est au final que l’ombre de lui-même, recelant en lui le film qu’il aurait pu et dû être mais qu’il n’approche qu’en de rares occasions. Dommage.
Philippe Sartorelli
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: 17 again, 17 ans, ado, adolescence, Burr Steers, Comédie, famille, love story, lycée, Matthew Perry, seconde chance, souvenirs d'enfance, teen movie, vœu exaucé, Zac Efron

Mais qu’est-ce que toutes les adolescentes trouvent donc à Zac Efron, l’acteur-chanteur de la série des comédies musicales High School Musical (je n’en ai vu aucune) ??? C’est cette question hautement existentielle qui m’a poussé à aller voir son dernier film, la comédie 17 ans encore, même si je partais avec un a priori plutôt négatif…
A priori qui s’est d’ailleurs confirmé, car ce n’est pas un bon film… Mais soyons honnête, on ne s’y ennuie jamais, et on est porté sans difficultés par l’intrigue, du début à la fin du métrage. C’est – il faut le rappeler – la qualité première d’un film : savoir captiver son auditoire et ne plus le lâcher jusqu’au générique final. Mais ce n’est bien évidemment pas suffisant pour éviter l’échec – artistique du moins – du film. Car des défauts, la pelloche de B. Steers en regorge : un humour qui est loin de faire mouche à tous les coups, des personnages assez creux, une histoire ou plutôt une thématique mille fois traitée auparavant. S’ajoute à cela un discours plus politiquement correct tu meurs ! On n’échappe pas au « tout est bien qui finit bien », ce qui n’est pas répréhensible en soi. Mais la morale qui l’accompagne date d’un autre âge : pour preuve, le lycéen qui se faisait une joie de « passer du bon temps » (je m’adapte au politiquement correct du film, là) avec sa copine est encore une fois présenté comme un connard fini et pervers. Et l’amour et surtout les preuves d’amour que l’on donne à son âme sœur sont capables de résoudre tous nos problèmes … Bref, un « film guimauve » qui ne me réconciliera pas avec les comédies romantiques, qui ne sont en fait souvent ni drôles ni romantiques.


Mais commençons par le début de toute critique qui se respecte : le pitch. Mike O’Donnell (Matthew Perry) est un quadra qui a raté sa vie, aussi bien sentimentale puisqu’il vient de se faire plaquer par sa femme Scarlet (Leslie Mann) et familiale (ses enfants le trouvent ringard) que professionnelle (il vient de passer à côté d’une promotion malgré ses 16 ans de « maison »). Échec d’autant plus patent qu’il était promis à un brillant avenir de basketteur professionnel, mais il préférera s’occuper de sa copine tombée enceinte malencontreusement alors qu’ils étaient encore au lycée. Et magie ! Son « guide spirituel » (ne me demandez pas ce que c’est, je ne fais que citer le film…) lui permet de revenir ou plutôt de « renaître » dans son corps de 17 ans (Zac Efron donc) ! Commencent alors pour lui les problèmes. Car s’il souhaitait au départ pouvoir vivre son rêve brisé d’être une star du ballon et des parquets, d’autres préoccupations vont le détourner de cet objectif un brin égocentrique : sa fille sort avec la brute du lycée (le « connard » mentionné plus haut) et son fils se voit brutalisé par cette même brute, alors que son meilleur ami, un geek milliardaire fan du Seigneur des Anneaux de Star Trek et de Star Wars (Thomas Lennon) essaie de séduire la directrice de l’école. Et bien sûr sa femme qu’il va essayer de reconquérir… Mais avec son corps de 17 ans, la démarche est des plus périlleuses… Quelle stratégie adopter ? Et notre fringant « néo-jeune » de faire ami-ami avec son fils, afin d’approcher la mère… Un brin pervers, non ? Mon voisin de projection, qui n’était autre que Frédéric Beigbeder, s’est par contre amusé comme un petit fou. Le monsieur était hilare de bout en bout (et une hilarité contagieuse puisqu‘elle m’a fait décrocher quelques sourires sur des séquences que je ne trouvais pas vraiment comiques). Mais le sujet lui parlait beaucoup et résumait assez bien sa personnalité, lui qui déclarait assez ostensiblement avant la projection : « un gars de 40 ans dans le corps d’un jeune de 17 ans, ça ne peut que m’interpeller » (ou un truc du genre, l’intéressé me pardonnera l’imprécision de la citation).
Des quiproquos en pagaille, voilà en fait à quoi se résument grosso modo les moments les plus drôles du film. Les pérégrinations de Ned le milliardaire sont par contre insupportables… On rigole à ses deux premières apparitions, et on se prend à prier et supplier pour que le scénariste l’ait oublié dans la suite du film ! L’on regrette également le peu de scènes de Matthew Perry, très drôle, même quand il est censé nous émouvoir sur ses problèmes sentimentaux… Sans rire, dès que je vois sa trogne, je me marre ! Un vrai capital sympathie (et ce depuis Friends bien entendu) qui risque de lui jouer des tours dans sa carrière, car difficile d’oublier sa performance en tant que Chandler Bing. Il doit d’ailleurs à mon avis se poser la question : s’il pouvait tout refaire à zéro, laisserait-il ce rôle (qui lui a apporté notoriété, succès et argent) lui fermer certaines portes pour la suite de son métier d’acteur ? Car force est de reconnaître qu’aucun des six acteurs principaux du sitcom n’a vu sa carrière décoller après la fin de la série. Mais ceci est une autre histoire…


Le reproche fondamental que je ferais au film viserait finalement son conformisme : la question « qu’est-ce que je changerais dans ma vie si j’en avais l’occasion » est diablement excitante, mais jamais le film ne sort des lignes déjà tracées ici ou ailleurs. En gros, il ne faut rien changer et assumer nos choix. Et ne pas se plaindre, car nous n’avons pas à nous plaindre quand nous avons une petite vie de famille si douce et agréable, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte. Si 17 ans encore était un film politique, il célébrerait un conservatisme réactionnaire des plus gerbants… À noter que dans une scène de classe où l’on fait un cours d’éducation sexuelle avec distribution de préservatifs, le jeune Mike prône l’abstinence tant que l’on n’a pas trouvé l’amour de sa vie… Et convainc ses camarades à sa cause si rétrograde… Sauf le « connard » bien entendu, qui récupère du coup l’ensemble des préservatifs…
Mais revenons à ce qui nous intéresse en premier lieu : Zac Efron. Bon acteur ? Non, mais il n’est pas plus mauvais qu’un autre djeunz de sa génération. Drôle alors ? Que nenni. Mais la comparaison avec M. Perry joue largement en sa défaveur, et peut donc biaiser mon jugement.
Mais quelle est donc cette inconnue dans l’équation « Zac Efron = toutes les jeunes filles craquent pour lui » ? Et quand je pose la question à une adolescente de mon entourage, la réponse est immédiate et sans équivoque : « mais t’es con ou quoi ?!? Il est trop beau !!! ». Ah ben oui… J’aurais dû m’en douter… C’est la qualité première que les jeunes attendent aujourd’hui d’un acteur… Et quand je rétorque à cette « ado représentative » que d’autres acteurs aussi sont de beaux hommes, en lui donnant l’exemple du Clint Eastwood débutant, son regard interloqué et ses yeux exorbités finissent de me rappeler que j’ai décidément bien vieilli, et ne comprends plus grand-chose à la jeunesse d’aujourd’hui…
Bon… Si je pouvais revenir en arrière, je crois bien que je voudrais revenir dans le corps de Zac Efron, tiens…
Fabien Le Duigou
> Sortie le 22 avril 2009.

« Ouahhhh !!!!!!! Trooooop beauuuuuuu !!!!!!! »
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: accident, alcoolisme, Anne Hathaway, blues, drame caméra à l'épaule, drogue, famille, Jenny Lumet, Jonathan Demme, mannequin, mariage, musique, Rosemary DeWitt, sevrage

Réalisateur sous-estimé perdu dans les compromissions d’une “yes-man attitude” déconnectée de toute cohérence artistique et thématique (à moins qu’il ne s’agisse de changements de registre à tout vent), Jonathan Demme (dont les meilleurs faits d’armes datent de bien avant Le Silence des agneaux, s’il vous plaît, par pitié !), promeut avec Rachel se marie et dans une Hollywood en proie au bigger than competitor majors, le retour à un cinéma concocté entre amis et en famille, sans pour autant sombrer dans l’austérité formelle. Le concept de “petit comité” revêt ici toute son importance puisque partant de ce postulat logistique, Demme subordonne son sujet à l’expression intimiste de ses univers et personnages reclus dans une maison familiale le temps de célébrer, en fanfare mais non sans douleurs enfouies non plus, les noces de l’aînée de la famille, Rachel (Rosemary DeWitt). Ce qui ne serait qu’un métrage autiste / nombriliste de plus tourné et tournant en vase-clos dans notre Hexagone si prolixe s’agissant de cinématographie dépressive ou névrosée, confine ici au chaos troublant de l’individualité bouleversée, au bouillonnement sensoriel des émotions captées dans l’instant tremblant et incertain, des vies que frôle et restitue sans artifices ni surjeu la caméra de Demme sur un scénario aussi juste que brillant signé Jenny Lumet -”fille de”, oui, mais très douée et sans affectation népotique aucune.


Pour raconter l’histoire de Kym la cadette (Anne Hathaway, officieusement madame Hendy Bicaise à la ville) sortie de cure de désintoxication – mais nullement guérie de son mal-être – qui déboule pour le mariage de sa sœur le cœur chargé de comptes affectifs à régler – y compris et surtout avec elle-même-, Jenny Lumet a puisé dans ses propres souvenirs d’enfance et de fêtes familiales, notamment dans les événements les plus cocasses (un concours de remplissage de lave-vaisselle auquel participa son père Sidney !). Demme, quant à lui, joua de toutes ses connexions dans le milieu musical et théâtral pour orchestrer sans répétition ou si peu cette grande manifestation spontanée de l’âme humaine à la fois en liesse et en proie au désespoir. Ces mélanges d’humanité et de vécu en parfaite osmose formelle happent le spectateur, ainsi projeté au centre des enjeux et des discussions, invité d’honneur d’un événement qu’il redoute de voir terni par les non-dits.


À l’heure ou télé réalité putassière et cinéma d’ôteur misanthrope (Ulrich Seidel…) pervertissent toute idée d’expression émotionnelle, la caméra de Demme se meut miraculeusement entre les tourments des uns et le bonheur des autres, parfois les mêmes personnes d’ailleurs. Le réalisateur ne traque pas par exemple les sanglots ni la compassion excessive du père qui ne veut accuser personne mais souffre aujourd’hui encore de la perte de son fils ; il ne s’immisce pas non plus dans le jardin secret de cette mère (Debra Winger) divorcée, barricadée dans sa bourgeoisie et rétive à toute assumation de son irresponsabilité parentale… Quel que soit le lieu, quel que soit le cercle (ouvert ou fermé) de discussion de ses personnages, Demme ne les poursuit pas de ses assiduités dramaturgiques ; dans ce portrait d’une famille qui se brise et se recolle à chaque instant via des gestes anodins provoqués par une mise en scène naturaliste, impressionniste, pousse-au-crèvecœur et caméra à l’épaule, le réalisateur éprouve la sensibilité de ses comédiens et les fait s’exprimer librement quitte à les faire dévier de leur ligne scénaristique (à bout de nerfs dans une discussion polémique – statutaire quant à la considération que lui témoigne chacun -, Kym / Hathaway harangue un musicien qu’elle ne supporte plus d’entendre jouer ; musicien pourtant chargé par le cinéaste d’égréner ses mélodies “en arrière-plan”, sans discontinuer). C’est dans ce mélange de retenue irrégulière et d’explosions sensitives brutales, sentimentales, loin de toute manipulation malhonnête du spectateur (nous ne sommes pas dans Dancer in the dark de Lars Von Trier), et à mille lieux aussi de la grosse machinerie lacrymale (ouf, on en a fini avec l’emphase kleenex de Philadelphia !), que Rachel se marie s’incarne, se pose, s’immisce dans votre vie. Rachel se marie, c’est un cadre de mise en scène imprévisible et insaisissable autant que peut l’être la sensibilité exacerbée d’un humain vivant l’un des plus beaux, ou des plus douloureux, moments de son existence. Pour une fois le champ du spectacle composé d’une main tremblante ne porte pas seulement les séquelles d’un “cinéma-vérité” post-Cloverfield mais devient aussi celui de l’émotion vraie, pure, dépouillée. Il ne reste à la fin même plus les os sous la peau : juste l’âme déchirée.
Stéphane Ledien
> Sortie le 15 avril 2009
Classé dans : FESTIVAL DE BEAUNE 2009 À CHAUD | Mots-clefs: Beaune, Festival, Polar, sélection officielle, Tavernier, thriller

Retour rapide (en attendant un papier plus complet dans le prochain n° de VERSUS) sur le 1er Festival du film policier de Beaune (qui se tenait jusqu’en 2007 à Cognac), et les 14 films des deux compétitions (la sélection officielle et la compétition “Sang Neuf”).
COMPETITION OFFICIELLE
Loft, de Erik Van Looy (Belgique)
Par le réalisateur du remarqué-à-Cognac La Mémoire du tueur, Loft est un polar ambitieux et manipulateur, fortement influencé par David Fincher (du générique où les noms sont incrustés sur les murs des immeubles façon Panic Room, à la mise en scène ultra léchée et l’ambiance glauque de l’ensemble), et qui impressionne par la richesse d’un scénario béton. Cinq hommes mariés partagent dans le plus grand secret un loft où ils reçoivent leurs maîtresses, jusqu’au jour où l’un d’entre eux y découvre le cadavre d’une jeune femme… Une belle partie de Cluedo, malheureusement gâchée sur la fin par un rebondissement de trop qui rallonge inutilement la durée du film. Cette fausse note est d’ailleurs imputable à la volonté trop forte, et un peu racoleuse, de la part du cinéaste, à trop mettre en avant son incontestable savoir-faire, et sa volonté de manipuler son audience une fois de trop, LA fois de trop. Dommage, mais ce diable belge n’est pas manchot, à suivre…

Dans la brume électrique, de Bertrand Tavernier (France/Etats-Unis). GRAND PRIX DU JURY
Film d’ouverture du festival, co-produit dans des conditions chaotiques entre la France et les Etats-Unis, Dans la brume électrique confirme que Tavernier sait y faire pour raconter une histoire (ici adaptée d’un roman de James Lee Burke, et qui raconte la traque par un enquêteur d’un tueur en série dans les marécages de Louisiane). Il filme aussi, avec respect et amour, un pays qu’il connaît par coeur, et accouche d’un excellent thriller au rythme calme et posé, qui sied très bien à l’interprétation comme toujours exceptionnelle de Tommy Lee Jones, ici très proche de son rôle de Marshall vieillissant de No Country for Old Men. A noter la très belle utilisation d’un sous-texte historique, qui accouche de quelques belles séquences oniriques… Film très fin, très beau, mais qui aurait mérité, parfois, un meilleur traitement visuel. On ne dira jamais assez que Tavernier n’est pas le plus grand faiseur d’images de la planète, loin s’en faut !
The Beast Stalker, de Dante Lam (Hong-Kong)
Dans un tout autre genre, The Beast Stalker, prototype-même du film d’action made in HK, exécute sur près de 2h, une histoire de rédemption dans laquelle un flic affronte seul le kidnappeur d’une fillette dont il a tué (le flic), la soeur par erreur… Comme beaucoup des films de la compétition, The Beast Stalker est trop long, trop mélo aussi, la faute aux contraintes de production. Sans la fraicheur des scènes d’action, dont un incroyable accident de voiture qui n’a rien à envier au crash de Death Proof, et à une belle pirouette finale plutôt bien sentie (et touchante), le film de Dante Lam serait à oublier assez vite.

La Fille du lac, de Andrea Molaioli (Italie)
Rien de renversant non plus, mais un long-métrage honnête. Un premier film sobre, efficace, qui profite d’une enquête (une jeune femme tuée… au bord d’un lac) pour scruter une petite ville du sud de l’Italie, ainsi que ses habitants. Molaioli tire le meilleur de très beaux décors naturels et d’un Toni Servillo (il est partout ce gars !) impeccable dans le rôle de l’enquêteur. La trame, si elle ne vaut pas mieux que celle d’un bon Louis, la brocante, reste suffisamment bien traitée pour ne jamais lasser, surtout que le réalisateur a la bonne idée de ne pas s’embarrasser de scènes superflues, et de s’en tenir à 90 minutes. Honnête donc, mais manquant cruellement d’ambition pour dépasser l’académisme du tout.
Terribly Happy, de Henrik Ruben Genz (Danemark). PRIX SPECIAL POLICE
Le pitch du film rappelle celui de l’excellentissime Hot Fuzz : Robert, un policier de Copenhague qui a commis une faute professionnelle, est réaffecté dans une petite ville de province. En apprenant petit à petit les coutumes locales, il découvre que les habitants de ce petit village à l’apparente tranquillité semblent cacher des secrets bien enfouis. Mais Terribly Happy n’arrive pas à la cheville du monument d’Edgar Wright, et préfère à la parodie, la monotonie d’un western poussif faussement amoral… Avec un tel décor (le sud du Jutland et ses paysages hallucinants) et quelques bons personnages, Henrik Ruben Genz passe toutefois à côté de son sujet, incapable de créer la moindre tension, et d’apporter une touche d’inventivité/originalité à une histoire déjà vue des dizaines de fois ailleurs, en mieux (Fargo notamment). Dommage…

Shoot on Sight, de Jag Mundhra (Grande-Bretagne/Etats-Unis)
Attention, sujet casse-gueule, mais maîtrisé ! Shoot on Sight raconte l’histoire d’un enquêteur musulman de Scotland Yard travaillant sur la mort, dans le métro, d’un jeune musulman suspecté (à tort) d’être terroriste… Autant le dire tout de suite, ce n’est pas la mise en scène faiblarde (digne d’un téléfilm, faute de moyens), et quelques aberrations dans le scénario (dignes, elles, d’une sitcom), qui sauvent le film de la noyade, mais bien la justesse du propos qui dans la dernière heure (là encore, on en prend pour 2 heures), a le bon goût d’éviter tout raccourci politique et idéologique douteux, tout en dénonçant les dérives communautaires et extrémistes de la religion, ainsi que les préjugés occidentaux sur la question… Un métrage plutôt courageux, mais indigne formellement d’un Festival International de cinéma.
New Town Killers, de Richard Jobson (Grande-Bretagne)
L’exemple type de film surfant (mais beaucoup trop tard) sur la vague Fight Club. Deux banquiers proposent à un ado de se cacher toute une nuit dans Londres, sans se faire attraper, avec à la clé, la promesse de trouver dans le coffre d’une gare, 12 000 £ (exactement la somme qu’il faut à sa soeur pour combler ses dettes, bizarre). Histoire débile se voulant politiquement incorrecte (où la critique du capitalisme est pourtant bien vite expédiée), New Town Killers n’est rien d’autre qu’une chasse à l’homme mal filmée (ou plutôt filmée avec mauvais goût, effets racoleurs à l’appui), sans suspense, et usant d’un manichéisme effarant de bêtise. Sans doute le plus mauvais film de la compétition, presque même hors-sujet.
Solo Quiero Caminar, de Agustin Diaz Yanes (Espagne/Mexique). PRIX DU JURY
De très loin le meilleur film de la compétition, savant mélange de comédie (parfois noire) et d’action, avec une bonne dose d’incorrection frôlant souvent le jubilatoire et la provocation, mais restant toujours dans le bon goût. Polar féministe façon Tarantino (les nombreuses scènes de fellation feront jaser), Solo Quiero Caminar (distribué cet été en France) a déjà pour lui le plus beau casting féminin du festival : Victoria Abril, Adriana Gil, Pilar Lopez de Ayala et Elena Anaya (toutes désireuses de se venger d’une bande de trafiquant de drogues mexicains). Sans compter la présence époustouflante de Diego Luna (aperçu dans Harvey Milk dans un tout autre registre), véritable révélation du film, impressionnant de charisme dans le rôle d’un homme de main sur le chemin de la rédemption. Pour le reste, si le scénario assume à fond quelques errements, la mise en scène de Agustin Diaz Yanes (Capitaine Alatriste) dépote, et la tonalité du film, partagée entre noirceur et humour, permet à Solo Quiero Caminar de s’adjuger haut la main le titre de film le plus authentique et vibrant du festival, là où tous ses petits camarades manquent cruellement d’âme.

Suspect X, de Hiroshi Nishitani (Japon). PRIX DE LA CRITIQUE
Autre belle surprise que ce polar mathématique teinté d’humour qui s’offre le luxe d’une scène d’ouverture formidable : un cours de physique grandeur nature impossible à retranscrire tel quel par écrit. S’en suit un duel magnifique entre deux profs de maths amis (l’un a aidé une femme à se débarrasser d’un corps, l’autre est du côté de la police). Suspect X réussit aisément à tenir la longueur avec comme simple ambition de vouloir faire résoudre une enquête comme on chercherait à résoudre une équation… Ajouter à cela l’impeccable mise en scène de Hiroshi Nishitani, et un discours social bienvenu et bienveillant à l’égard des femmes (voir comment la jeune flic se fait rembarrer tout au long du film en dit long sur la société nippone, un peu comme les polars coréens n’hésitent pas à critiquer ouvertement la police, cf. Memories of Murder, The Chaser…), et vous obtenez un polar sans fausse note, justement récompensé lui aussi (le Prix de la critique, nos confrères ont du goût).
COMPETITION “SANG NEUF”:
Galantuomini, de Edoardo Winspeare (Italie)
Davantage un mélodrame qu’un polar. Un juge retourne dans sa campagne natale et découvre que ses anciens amis (dont l’un vient de mourir) sont mêlés à la mafia locale… Film sans grande ambition, donc le plus grand défaut réside dans la neutralité des personnages, trop peu considérés pour vraiment faire que le spectateur s’y intéresse. Et puis le métrage se complaît dans un final mélodramatique assez décevant, et presque navrant.

Bronson, de Nicolas Winding Refn (Grande-Bretagne). PRIX SANG NEUF
Ce n’est pas la claque tant attendue, mais ça n’en demeure pas moins un grand film. Le réalisateur de la trilogie Pusher (découvert à Cognac) filme la transformation de Michael Peterson en Charles Bronson, prisonnier britannique le plus violent de l’histoire, qui à l’inverse de Michel Vaujour, fait tout pour rester en prison (!). Sous les apparats d’une mise en scène un peu racoleuse qui cite ouvertement le cinéma de Kubrick (pour l’utilisation systématique de la musique classique), il faut en fait voir dans Bronson le portrait d’un « personnage », d’un homme s’ayant inventé un deuxième « moi », et ayant littéralement mis en scène son existence. Inventif dans la forme, audacieux dans le fond (ces scènes inhabituelles où Bronson raconte sa vie face à un public, regards-caméra à l’appui, sur une scène de théâtre), Bronson révèle aussi un grand acteur jusque là habitué aux seconds rôles : Tom Hardy.
Helen, de Christine Molloy et Joe Lawlor (Grande-Bretagne/Irlande)
La révélation du festival, et une magnifique variation autour du polar. Tout part de la disparition d’une jeune fille, Joy. La police mène l’enquête et fait appel à Helen, une jeune lycéenne vivant dans un foyer, pour la reconstitution du crime. C’est un film magnifique sur le cinéma, sur l’adolescence, qu’un Gus Van Sant (la mise en scène du duo irlandais rappelle d’ailleurs les expérimentations formelles du cinéaste américain sur ses derniers films) n’aurait pas renié. Le basculement du film du polar vers la fable initiatique s’effectue par la disparition, petit à petit dans le film, des personnages policiers, au profit d’assistantes sociales. Un premier film à découvrir donc…

Ne me libérez-pas je m’en charge, de Fabienne Godet (France)
Personnellement, je n’ai rien contre Michel Vaujour. Seulement voilà, je ne vois pas l’utilité de faire parler le type pendant deux heures, pour qu’il nous dise que oui, la prison c’est l’enfer, et que la vie dehors c’est mieux. Gros coup de gueule donc, contre ce documentaire sans intérêt qui échoue là où un film comme Man on Wire réussit, c’est à dire à vendre du rêve. D’autant que le parti pris de la réalisatrice de recourir le moins possible aux documents d’archives, et de filmer très souvent en gros plan son sujet, lasse très vite.
The Bone Man, de Wolfgang Murnberger (Autriche)
Belle sortie pour le festival, qui avec ce long-métrage autrichien (normalement traduit en français sous le titre Bienvenue à Cadavre-Les-Bains, merci MK2), s’offre un film bien noir, bien grinçant, où l’on se demande bien souvent s’il faut en rire, ou en pleurer. Un ex-flic débarque dans une auberge perdue en pleine cambrousse, où le maître des lieux (le Bone Man) n’y va pas par quatre chemins quand il se fait emmerder. The Bone Man renverse tous les clichés du film d’horreur, et s’autorise même un final aussi jouissif que grand-guignolesque, où le gore, l’amoral, le macabre et l’amour se cotoîent sans que cela ne sonne faux une seconde ! Un tour de force servi par un casting de tronches remarquable…

A noter que pour une première édition, le Festival n’a pas fait salle comble, loin s’en faut. La faute au beau temps, mais aussi et surtout à l’absence de “Village” festival près du cinéma, et à une politique tarifaire un peu absurde, où il était impossible d’acheter une place pour un seul film… Autant dire qu’il n’y avait pas d’ambiance.
Dommage donc, d’autant que la programmation, bien que dense et variée, n’était pas d’une grande richesse. Les différents jurys ont d’ailleurs, à juste titre, récompensé les meilleurs films (sauf le Prix Spécial Police donné à Terribly Happy).
Julien Hairault
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: Fast, FBI, Ford Torino, Furious, Justin Lin, Mexique, Michelle Rodriguez, Paul Walker, pilotes, street-racers, street-racing, Vin Diesel

Voilà bien une phrase que je n’aurais jamais pensé écrire un jour, mais c’est justement parce qu’elle me surprend moi-même qu’elle motive la chronique qui va suivre : figurez-vous que Fast & Furious 4 n’est pas un mauvais film ; figurez-vous, même, que c’est un bon divertissement ! Basique, certes, un brin idiot, majoritairement ostentatoire, marketé pour fans de tuning et skybloggeurs décérébrés (souvent les mêmes), tout à fait. Mais divertissant quand même pour qui sait faire abstraction de ces apparats clinquants, car dans l’absolu, l’un n’empêche pas l’autre et, cette fois-ci comme rarement mais sûrement, la beaufitude “djeunz” du sujet et du traitement s’effacent devant l’efficacité et l’énergie déployées. Il en résulte une série B “blockbustérisée” juste comme il faut – c’est-à-dire à outrance, qui passe comme une lettre à la poste.
Les fans des premiers opus, que nous ne sommes pas ici à Versus, retrouveront avec bonheur sans doute le duo Dominic Toretto – aperçu dans le final du segment précédent – (Vin Diesel, qui ferait quand même bien de se retrouver fissa devant la caméra de Twohy s’il ne veut pas finir en Michael Dudikoff croisé avec Mario Van Peebles désiconisé) / Brian O’ Conner (Paul Walker), comparses de course, voyou et flic aux rôles permutables de nouveau associés par la force des choses, en l’occurrence la soif de vengeance après la mort de leur Letty adorée (Michelle Rodriguez).
Rien à déballer de monstrueusement mystérieux ici ; il s’agira d’infiltrer le réseau d’un redoutable narcotrafiquant utilisant les “street-racers” comme passeurs. Autant dire du lourd, du brut, du tonnerre mécanique dans les rues de Los Angeles et qui se finit dans la poussière du désert mexicain, sur une musique de Brian Tyler singeant, c’est étrange, les notes égrénées par ce bon vieux Carpenter pour Vampires.

Subtilité zéro, mais lisibilité totale : qu’arrive-t-il au producteur putassier n° 1 Neal H. Moritz (à côté de lui, Michael Bay ferait presque office d’Emeric Pressburger hollywoodien) ? Dans la séquence d’ouverture, désormais habituel trauma de destruction massive ou d’intervention musclée (quand ça n’est pas les deux à la fois) dans tout “block” du genre, Moritz peut compter sur la clarté du découpage choisi par son poulain Justin Lin, qui n’invente rien question cadrages mais ne perd pas une miette du numéro de haut vol orchestré par Toretto et ses acolytes sur une route vertigineuse de République Dominicaine. Du Mad Max 2 passé à la moulinette du divertissement facile et balourd – mais divertissement honnête quand même. L’étonnante maîtrise technique de la réalisation – laquelle est impersonnelle mais très précise, mécanique bien réglée au service du spectacle chargé d’adrénaline (et cette fois-ci, c’est vrai, ça marche, même si totalement incrédible) – tranche avec les écrabouillages visuels par exemple d’un Michael Bay qui s’y connaît pour massacrer ses sujets pourtant très cinégéniques (Transformers, sic !).

Le reste du film est à l’avenant de cette introduction servie sans chichi et sans cerveau. Si l’on accroche à cette asphalte hurlante qui rembourse bien le prix du billet ne serait-ce que pour le fun asséné sans embrouillamini graphique ni formalisation chaotique, alors l’on restera volontiers pour la suite du métrage, qui ne vaut pas pour ses “belles” voitures (sic ; moi ça me laisse de marbre mais bon, qui sait ?), mais pour ses morceaux de bravoure routière dont un insert post-générique nous prévient qu’il ne faut surtout pas tenter de les reproduire. C’est ballot de faire gober toute cette gomme dérapant à tout-va à un public qui ne demande en partie que cela, si c’est ensuite pour lui dévoiler le pot-aux-roses avec tant de rudesse, mais enfin, c’est ça aussi le cinéma.
En chemin, Fast & Furious 4 se sera en tout cas doté de petites qualités intrinsèques, dont le jeu constant sur la notion de frontières n’est pas la moins intéressante : frontière, floue, entre justice et autorité (interversion des rôles et glissement – dérapage ? – final) ; démarcation territoriale (entre Etats-Unis et Mexique) qui une fois traversée inverse le rôle de chacun ; limite morale et ligne de conduite qui, une fois dépassée, brouille le banditisme et la notion de justice, les croise avec un regard que par bonne humeur on pourrait juger carpenterien (mais il manque : le génie cinématographique, la subversion politique, l’icône transcendée, etc.). Au premier degré, c’est un plaisir bête et coupable ; au second, le critique s’amuse encore plus.
Stéphane Ledien
> Sortie le 8 avril 2009
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Mots-clefs: apocalypse, biblique, cavaliers, Dennis Quaid, meurtres, prophétie, suspension, thriller, tueur en série, Zhang Ziyi

Allons, bon ! Voilà que Dennis Quaid, pourtant très bon acteur (mais qui n’a pas joué dans un seul bon film depuis au moins… dix ans, non ?), continue de gérer sa carrière comme une auto-tamponneuse. Et de le faire ici avec un sens certain de la lourde compromission (à moins qu’il ne s’agisse d’un feeling aigü de la réalité fiscale). Qui chevauche ces Cavaliers de l’Apocalypse peut se le tenir pour dit : voilà l’exemple type du film déjà dépassé avant même d’être exploité. Surfant au moins quinze ans trop tard sur la vague post-Seven et autres déclinaisons (copycat cinématographiques ?) du genre « cours après moi profiler », ces quatre de l’apocalypse entraînent dans un jeu de pistes morbides où se cotoient sadomasochisme et pratique de la suspension (Cronenberg aurait fait quelque chose de bien d’un tel principe, tiens !), notre Dennis Quaid préféré mais déchu. L’acteur incarne ici Aidan Breslin, un flic solitaire, désabusé, bordélique, veuf et dépassé face à ses deux fils (ça fait beaucoup mais c’est pour la charge émotionnelle, soyez pas comme ça, oh !). Accaparé par son enquête sur les meurtres que commet le groupuscule (qui filme ses méfaits et semble versé dans le mysticisme pseudo purificateur), Breslin ne voit donc pas venir ce que le spectateur a déjà deviné, y compris dans les révélations d’un suspense pas aussi tendu que la peau des malheureuses victimes « crochetées » par les cavaliers fous.


Jouant avec une monstration de la cruauté que les ignobles et inutiles Saw ont instaurée comme nouvelle règle d’or du film de « psycho-killer à énigmes » et horrifique, le métrage racoleur de Jonas Akerlund (le sulfureux et hypnotique clip de « Smack My Bitch Up » de Prodigy, c’était lui), tape un peu dans tous les styles au mépris d’une certaine cohérence scénique et thématique (corporel brutal et spirituel un peu grossier s’y mêlent, agrémentés de virtuel, de communautaire, de sectarisme, de prophétie civilisationnelle bidon – mais au potentiel réel, mal exploité s’agissant de la « contagion » via le Net et les forums révélée par l’un des cavaliers au final). Il en résulte un thriller passe-partout préformaté pour les secondes parties de soirée le dimanche soir sur TF1 dans deux ans (et là le film paraîtra déjà très vieux), bouffant à tous les râteliers de l’intrigue sanglante et criminelle, sans erreur de grammaire cinématographique certes, mais assez imbu de lui-même (le syndrome du trop-plein thématique persuadé d’œuvrer pour la nouvelle référence du genre) en plus d’être passablement plat à certains endroits et complaisant à d’autres. Le scénario, raccommodage de situations connues dans ce domaine, n’aide pas à se faire une idée positive de tout ceci. Quaid y croit heureusement, et quand Quaid y croit, même dans un mauvais film, le spectateur veut bien se laisser divertir. M’enfin, c’est peu et la révélation finale, très vite expédiée d’ailleurs, sur fond de morale paternaliste ou filiale (au choix, mais les deux se rejoignent, en fait), nous laisse consterné. Le générique défile et là, on mesure toute la dimension de cette arnaque, un truc qui veut s’encanailler en jouant avec des concepts très glauques mais qui rentre dans le rang de l’exploitation superficielle. C’est ce qui s’appelle une mauvaise chute… de cheval.
Stéphane Ledien
> Sortie le 1er avril (et c’est vrai que c’est une mauvaise blague). y’a des hameçons dans le film, ceci explique peut-être cela…